Du corps de Mauricio Ortiz

Comme le rappelle Antonio Tabucchi dans sa préface : au fil du temps, le corps incarna la perfection de la beauté grecque et fut le siège de la douleur christique du moyen-âge, placé dans l’univers par les mathématiques de la renaissance, il jouit et souffrit dès l’époque baroque, mais il fallut attendre le 18ème siècle pour la frivolité, le 19ème pour les sciences, et l’horreur du 20ème qui l’extermina massivement.

Contredisant Theodor Adorno et conjurant le barbarisme, ce magnifique opus de Mauricio Ortiz prolonge la lecture du corps humain sans rien ignorer de sa « méta-physique ».

L’auteur propose de courts textes aux intitulés aussi variés que  » La trame des jours, Morceau de cou, Caca, Nuit des grenouilles, Jusqu’où?, L’os de Dionysos ou L’amour vache. La table des matières est à elle seule un exquis cadavre.

Cette promenade philosophique dissèque, explique, loue, fustige, interroge le corps. On échappe au jargon scientifique pour mieux mesurer le temps, la lumière, la nature, la société, l’âme. Une géographie du tendre et du négatif n’ignore aucunement les défauts, les douleurs, les maladies, la mort. Faire le tour du sujet est pour Mauricio Ortiz aussi profond et infini que d’en définir les limites par la peau et le toucher. Siège des humeurs ou des rêveries, notre corps développe des symptômes qui sont également ceux de la société. Les fluides sont le baromètre des maladies et de l’agonie. Les sentiments et l’âme habitent l’humanité et notre intimité jusqu’à la dissolution comateuse ou le dernier souffle.

Ancien médecin dévoué désormais à l’écriture, dont le style est d’une beauté sensible et poétique Mauricio Ortiz joue élégamment de l’humour et du trivial. On pense à Ponge, Borgès ou Cortazar, ses citations convoquent Ricardo Castillo ou Claudio Magris. Tous ces corps du texte et les pensées nées dans des crânes sans vanité ne cessent d’interroger notre condition humaine qui pourrait se résumer ainsi :

« C’est la vie et non point la mort qui sépare l’âme du corps. » Paul Valéry

Chronique rédigée par Christiane Miège

Du corps, Mauricio Ortiz, Seuil, ISBN  978-2021073386

Lire un extrait ici

Le fil rouge : 

 

Quatrième de couverture :

Il s’agit en quelque sorte d’une « philosophie du corps », un petit traité tour à tour érudit, ironique, mélancolique, subjectif, scientifique, poétique, diurne, nocturne. Mauricio Ortiz, comme écrivain, s’est fait microscopique et a voyagé à travers les veines, les artères, le canal lymphatique ; il a connu les terribles cavernes pulmonaires, le territoire obscur où est produit le sperme, les marées des menstruations ; il a défié les dangers de la vénéneuse bile, visité le foie industrieux, le cœur patient, rendu visite au pénis capricieux, sondé le mystère du vagin. Avec ses cartes géographiques de notre corps, ce livre est avant tout une boussole pour s’orienter dans ses passages secrets et ses labyrinthes. Finalement, cette boussole pour s’orienter dans notre corps sert surtout à s’orienter dans les labyrinthes de notre âme.

Antonio Tabucchi

Mauricio Ortiz est né au Mexique en 1954. Docteur en médecine, il a décidé de quitter le monde universitaire pour se consacrer à l’écriture. Il est chroniqueur pour le quotidienLa Jornada.


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