Olivier VII d’ Antal Szerb

Écrit dans un style traditionnel teinté d’humour, ce roman commence sous la forme classique d’un vaudeville. Petit à petit la situation devient loufoque, se teinte d’ironie et sautillant allègrement entre farce et satyre, tourne bientôt à la caricature. Une des qualités de ce roman rusé est de n’appartenir à aucun genre précis.

Oliver VII est un roi qui ne veut plus être roi et qui, devenu non-roi, joue son personnage de roi pour apprendre enfin ce qui va lui permettre de redevenir un bon roi.

Avec rouerie, ce récit fantasque accède sur un mode léger à l’intemporalité. En un joyeux fourre-tout, on n’échappe pas aux classiques du genre. Il y a dans ce récit écrit en 1942 du Muskar XII « tintinèsque » et syldave, des révolutionnaires et militaires grands guignols, une histoire d’amour « marivaudèsque » entre princesse et fille du peuple, un peintre héroïque qui surnage habilement dans les eaux troubles des arts, de la politique, de la presse et du monde des affaires, sans oublier Venise lieu privilégié de tous les masques de la « comedia del arte ». Les escrocs roulent les mondains, le peuple côtoie les nobles, les traitres ont de l’honneur et les fidèles des lâchetés.

On est au début du XXème siècle en Alturie, donc partout et en tout temps. Cela n’est pas très sérieux mais tellement vrai, tout semble utopique et néanmoins crédible, et chaque fois qu’on touche au but, tout recommence ailleurs de la même façon. Le roman se complexifie au fil des pages. Comique de répétition et renversement des rôles accentuent notre plaisir, on rit de plus en plus car la machinerie littéraire est finement huilée.

 Juif converti au catholicisme, Antal Szerb connaissait l’Europe et la littérature mondiale, condamné aux travaux forcés, il rejoignit la cohorte des victimes de la deuxième guerre mondiale et mourut à 44 ans.

Comme le bon roi Oliver VII, il eut le temps d’être un bon écrivain. 

Chronique rédigée par Christiane Miège 

Olivier VII, Antal Szerb, Viviane Hamy,ISBN 9782878585001, traduction : Chantal Philippe

Lire un extrait ici 

Quatrième de couverture :

 

Oliver VII est le tout jeune roi du royaume d’Alturie mais il ne veut plus régner sur un pays au bord de la faillite et dont les seules ressources demeurent le vin et la sardine. Il décide alors d’organiser un coup d’état contre lui-même… Ce faux complot aboutit et le roi abdique puis disparaît. C’est en Italie que le peintre Sandoval le retrouve, il est devenu Oscar, un petit escroc. Il va vite s’apercevoir, lors d’une de ces escroqueries loufoques, qu’il est bien difficile d’échapper à son destin… Mille personnages se mêlent, les quiproquos se multiplient, les situations sont cocasses et absurdes, voilà une histoire qui évoque irrésistiblement Shakespeare !

Le refus de son identité, les allées de Venise, le dilemme entre plaisir et devoir, le choix entre deux femmes sont des thèmes chers à Antal Szerb…

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