L’ile joyeuse de Dawn Powell

L’ile joyeuse de Dawn Powell

Il faut passer les premières pages où l’écriture semble très datée avec un souci de tout caractériser, du cuir de la valise d’un personnage à la doublure d’un imperméable… souvenir d’une littérature d’un temps où les images n’envahissaient encore pas les imaginaires et où l’écrivain devait produire aussi des images. Est ce parce qu’on s’habitue à tout ou parce qu’à mesure qu’elle rentre dans le récit l’auteur perd ce souci du détail, toujours est-il que cette première impression dépassée, le plaisir d’un récit délicieusement sarcastique emporte le lecteur un temps inquiet.

A New York, dans les années 30, la vie a des allures de reality show avant l’heure. On s’aime on se sépare, on calcule. L’animateur de l’émission vedette de la radio est tenu par ses sponsors ; la vedette de cabaret, héroïne du roman, n’est peut être pas la plus douée du monde mais elle sait quelles personnes il faut flatter pour continuer à recueillir les suffrages des critiques influents. Tout ce petit monde évolue de soirées mondaines en tête à tête, les couples se défont aussi vite que les carrières. L’alibi du roman est l’arrivée d’un jeune auteur de pièce de théâtre issu du même village du Middle West que Prudence la chanteuse de cabaret héroïne du roman. C’est une sorte d’Alceste nord-américain, qui refuse tout compromis.

Mais tout ça n’est qu’un alibi pour l’auteur pour dépeindre le new york des starlettes et des soirées. Le tout est fait au cours de chapitres courts et enlevés qui rendent très relatifs la soi disante créativité des séries télévisées dont il est du dernier snobisme de louer la narration. Dawn Powell serait une scénariste corrosive si elle vivait encore. Chaque chapitre est à la fois une quasi nouvelle et fait progresser l’intrigue. C’est cruel et drôle jamais ennuyant.

On n’est pas dans la vrai jet set, dans son antichambre, c’est un demi-monde qui est ici dépeint et il ne manque que quelques vedettes de télé réalité assoiffé de notoriété et prêt à tout pour rester sur le devant de la scène qui est ici narrée.

La vanité du monde est passé au laser de l’auteure qui possède une ironie et un mordant réjouissant. « James songea : Juste ciel, cette drôle de sensation dans mon ventre – comme un rot avorté- ce doit être le bonheur. »

 

Chronique rédigée par Christophe Bys 

L’ile joyeuse, Dawn Powell , Edition Quai Voltaire, ISBN : 9782710331193, traduction Anouk  Neuhoff

 

Quatrième de couverture :

New York, années 1930 : le petit monde du spectacle et des médias, de la nuit et des scandales, s’agite aux lueurs d’une insouciance hystérique. Dans cette ambiance débridée, plusieurs êtres singuliers se débattent avec leur destinée. Parmi eux, Jefferson Abbott, jeune dramaturge intègre et taciturne de l’Ohio, débarqué dans la Grande Pomme pour monter sa pièce. Sa route croise bientôt celle de Prudence Bly, son amour de jeunesse, devenue vedette de cabaret, qui règne sur le tout-New York avec Jean Nelson, sa grande rivale.
Témoignage drôle et acerbe de la frénésie mondaine de l’époque, L’Île joyeuse consacre son auteur comme une des plus grandes satiristes américaines. Dawn Powell offre un tableau résolument moderne, pour 1938, de la communauté homosexuelle de New York, faisant fi d’un puritanisme bien-pensant et défrichant le chemin vers une littérature de mœurs décomplexée.



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