Les voleurs de Manhattan d’Adam Langer

En barrant le mot « Mémoire » au profit de « roman » sur la première page de ses « Voleurs de Manhattan », Adam Langer annonce la couleur. Ce récit élabore sous une forme tripartite une escroquerie littéraire pleine de suspens et donne au lecteur français, une leçon de littérature actuelle à la new-yorkaise. Ecriture, lectures publiques, signatures et soirées promotionnelles, agents littéraires, éditeurs, ou bibliothèques vont se ridiculiser et nous affoler le temps d’un vrai polar en prise avec une fausse auto-fiction d’un auteur interchangeable au mentir vrai longuement fabriqué et ré-écrit. En tentant à chaque instant d’emmêler le vrai au faux, Adam Langer perd, un peu plus au fil des pages, son lecteur dans ses efforts pour distinguer la fiction de la réalité.

Le premier volet naturellement intitulé « réalité » part de l’idée de la Littérature comme on l’entendait depuis des siècles, celle empreinte d’idéalisme et dont la rigueur se portait garante de qualité. Les temps ayant changé et le livre étant devenu une marchandise comme les autres, – comme le dit l’auteur : « un bon livre ne peut désormais être publié que si l’auteur est connu », – la qualité seule ne suffit plus. Suivent alors des descriptions sarcastiques du milieu littéraire et une leçon éditoriale sur la fabrication d’un livre à succès parfait, selon des critères de forme et de fond, d’histoire palpitante et de psychologie des personnages, sans perdre de vue le réel habillé de fiction.

La deuxième partie aborde logiquement la « fiction ». Elle dépasse largement la réalité, car seul un roman peut dire plus que le Vrai. Entre vérité et invention, l’auteur vend désormais son âme, finit par croire à ses mensonges, se transforme totalement, mais sans le risque de se perdre. L’imposture est devenue la norme du marché littéraire et le livre la fabrique du mensonge. Seule « morale » dans tout cela : le succès dure tant que la supercherie ne s’évente pas.

La troisième partie intitulée « mémoires » devrait permettre de s’y retrouver comme on recouvre justement celle-ci. Impostures et postures éclatent, faux littéraire et vrai talent valent éthique et juste retour des choses. Le bien et l’amour triomphent, mais tout cela retombe un peu et renforce auprès du lecteur le sentiment de fabrication et de généralisation propre aux ateliers d’écriture outre-atlantiques.

Il reste tout de même le style enlevé et l’humour d’Adam Langer, et par dessus tout, de véritables trouvailles de vocabulaire doublées d’un jeu de piste de références littéraires. Ultime pirouette en forme de coup de théâtre, deux glossaires en fin de roman listent finement ces références avisées pour tout lecteur érudit et exigent.

 Je vous laisse ce plaisir de la découverte.

Chronique rédigée par Christiane Miège, ainsi que le Fil Rouge. 

Les voleurs de Manhattan, Adam Langer, Gallmeister, ISBN 978-2-35178-050-3, Traduit de l’américain par Laura Derajinski

Le Fil Rouge : 

 

 

Quatrième de couverture et extrait ici :

Jusqu’où un jeune auteur ira-t-il pour être publié ? Fatigué d’être le laissé pour compte des soirées littéraires new-yorkaises, rêvant de la rencontre qui lancerait enfin sa carrière, Ian Minot est prêt à renoncer à tous ses principes. « Pour publier, il faut d’abord être connu » lui annonce Roth, ex-éditeur désabusé qui l’entraîne dans une arnaque littéraire de haute volée. À quatre mains, ils deviennent les auteurs d’une pseudo autobiographie où il est question de bibliothèque incendiée, de voleurs de manuscrits rares et de l’unique exemplaire du Dit-du Genji. Mais jamais Ian n’aurait pu imaginer que s’approprier ce récit l’entraînerait dans un monde où faux-semblants et vrais voyous feraient de lui un héros de série noire.

    Les Voleurs de Manhattan est un véritable page-turner où fiction et réalité s’entremêlent. Adam Langer nous livre le portrait plein d’esprit d’une société superficielle et d’un monde décadent d’éditeurs qui ne savent plus à quel auteur se vouer.

Voter : 1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars
Loading ... Loading ...

Votez pour soutenir ce livre pour le Grand Prix Littéraire du Web
1 pingback on this post
Submit your comment

Please enter your name

Your name is required

Please enter a valid email address

An email address is required

Please enter your message

A propos

Chroniques de la rentrée littéraire est un défi lancé par le monde du livre à la blogosphère littéraire :
chroniquer une majorité des parutions romanesques de l’année.
En regroupant 300 bloggeurs
littéraires, Chroniques de la rentrée littéraire est un intermédiaire permettant à chaque livre d’être lu
par au moins un lecteur expert, en toute liberté de ton.

Chroniques de la rentrée littéraire © 2014 All Rights Reserved