Avez vous l’adresse du paradis ? de François Bott

Avez vous l’adresse du paradis ? de François Bott

Un roman choral sur (moins de) 150 pages ! Je me suis vue rédiger cette note de lecture en deux temps trois mouvements… fingers in the nose.
Eh bien pas du tout. J’ai vite rendu mes armes de chroniqueuse amateur devant le savoir-faire élégant et narquois d’un écrivain chevronné que je ne connaissais que par ouïe-lire. J’ai mis plusieurs jours après avoir lu le roman que m’avait confié Abeline Majorel, avant de finalement le relire ce matin pour pouvoir aligner ces quelques lignes.

On (François Bott) ne donne pas à son lecteur le plaisir de se perdre puis de se retrouver dans l’entrelacs des histoires parallèles de nombreux personnages sans un minutieux travail de composition, décomposition, recomposition qui donne le vertige quand on y pense du point de vue de l’auteur. Alors tant mieux si le bonheur de lire Avez-vous l’adresse du paradis ? résiste à l’analyse et à la classification dans un genre littéraire à la mode. Il faut se laisser prendre au charme de la narration, de l’érudition, et à l’humour – qui va du léger au féroce – des références politiques, culturelles, ou personnelles. On oublie, en lisant, la virtuosité et la technique de l’écrivain, qui sont pourtant fascinantes ! Reste l’impression d’une grande facilité…

François Bott crée et gouverne en maître son petit monde de lieux, de temps, et de caractères. Création qui s’articule sur sept jours… répartis entre le 7 novembre 2010 et le 14 juillet 2011. Les personnages principaux et secondaires vont s’entre-voir, se rencontrer, se fréquenter, ou pas, au gré de l’invention malicieuse de leur créateur et des voyages qu’il leur fait faire d’un côté à l’autre de l’Atlantique pour les plus baroudeurs, dans Paris pour d’autres, à Caen, à Laon, à Villerville et Cabourg. Il existe d’autres romans basés sur ce système des hasards de la vie. Mais François Bott, y ajoute des collisions de pensées, de rêves, entre personnes ne se connaissant pas. C’est forcément probable dans la vraie vie (en tout cas, moi j’y crois). Et totalement invérifiable. Donc d’autant plus… romanesque, et merveilleux.

Ici on est loin, a priori de l’auto fictif. Je ne savais pas grand chose de François Bott. Je viens juste de lire ce matin sa fiche Wikipédia. Surprise : je l’aurais donné pour beaucoup plus jeune qu’il n’est, à lire Avez-vous l’adresse du paradis ? Par contre j’avais (c’est facile) décodé son engouement pour la littérature américaine moderne (Fitzgerald, Hemingway, Mansfield, McCoy, Capote, Ellroy, Salinger), la nouvelle, la chronique. J’aime quand un écrivain que j’apprécie donne des pistes de lecture, de vraies ou fausses recommandations, au hasard des pages d’un roman. J’irai donc voir : Paradiso de Lezama Lima (là je penche pour un conseil ironique, un peu comme une recommandation tout public de lire La Divine Comédie…), Ring Hardner, Dorothy Parker.

Je n’ai sans doute pas décrypté tous les codes, ni trouvé tous les indices qui jalonnent les parcours des créatures de François Bott, sous la très belle jaquette du Cherche Midi. Plaisirs anticipé de la relecture… Et comme je suis friande d’énigme, j’irai lire du même auteur : Dieu prenait-il du café ?, Faut-il rentrer de Montevideo ?

Extrait (pour le style…)

« Sixième journée

19 mai 2011. Syrie : l’engrenage de la terreur. DSK : la descente aux enfers.

Il faisait beau sur Paris et sur la France. C’était une journée magnifique de presque été, avec une lumière très douce, qui semblait irréelle. Mais à Paris comme à New-York, les gens étaient sous le choc de « l’affaire DSK ». On ne parlait que de cela, dans les bistrots et les dîners. L’image du patron du FMI, menottes aux poignets, hagard et anéanti, livré en pâture à la voracité médiatique, donnait à penser que, parfois, le pouvoir, la puissance n’étaient pas si éloignés de la déchéance, de la misère et du déshonneur. Plus dure sera la chute… Avec « vanité des vanités, tout n’est que vanité », c’était le meilleur sujet de dissertation pour les classes terminales.

Pour comprendre ce que l’on ressentait, on remettait à la mode des mots vétustes, comme le mot « sidération ». La France était « sidérée ». DSK avait-il violé une femme de chambre, dans la suite 2806 de l’hôtel Sofitel Times Square, à Ne-York ? Avait-il été victime d’une machination, comme le soutenaient les adeptes de la théorie du complot ? C’était un véritable thriller[ital], vertigineux et passionnant. Tout le monde en discutait dans les cafés de la planète. »

 

 

Énigme de lecture non-résolue. J’ai relevé ce qui me semble être une répétition d’idées qui aurait échappé à l’éditeur du texte, à moins que ce ne soit fait exprès, puisqu’après tout, à quelque temps de distance, une même personne (et donc un personnage) peut avoir deux fois la même pensée, non ?

page 75

« [René Maupas] découvrait, à la même seconde, le bonheur d’aimer et le malheur d’être quitté. Il savait, à présent, que l’attrape-cœur pouvait n’être pas éloigné de l’arraché-cœur. »

page 99

« Tout désemparé, René erra sur la plage de Cabourg, essayant de remettre en ordre ses pensées. Mais il était « sonné », comme on le dit des boxeurs. L’arrache-cœur était si proche de l’attrape-cœur ! »

 

Chronique de Tilly

Avez-vous l’adresse du paradis?, François Bott, Cherche midi éditeur, ISBN 2749120950

 

Les premières pages ici

Quatrième de couverture :

Robert et René Maupas, Rose, Juliette, Jim Anderson, Lady Brett, Gatsby, Cécile et même les silhouettes de passage, comme la mascotte ou Léon Morand… Tous les personnages de ce roman montrent l’existence comme un grand jeu de cache-cache entre divers destins qui finiront par se recouper, se rejoindre, avec une impression de « déjà vu », pour illustrer la phrase de Paul Eluard : « Le hasard n’existe pas. Il n’y a que des rendez-vous. »
Et comme si l’amour, les sempiternelles raisons du cœur étaient le seul rempart, si précaire, si fragile, contre le naufrage, la défaite de toute vie.
Tout cela sur fond de rumeurs, de bruit, de fureur : les tourments, le tumulte et la tourmente de l’Histoire, servis par un style majestueux et un humour à fleur de mots.

 

 



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