Barbe Bleue d’ Amélie Nothomb

Barbe Bleue d’ Amélie Nothomb

La la la la belle saison le Nothomb est là ! Un an d’attente joliment récompensé !

Vingt ans après son premier succès, « L’hygiènede l’assassin », Amélie Nothomb s’offre le plaisir d’écrire un nouveau roman ressemblant assez à son premier opus. Pour son plaisir et celui de ses fans, à n’en point douter !

Les détracteurs habituels de l’auteure retrouveront leur tracteur pour labourer ce roman. Les admirarateurs, où en tout cas les friands de notre belge préférée seront ravis de retrouver toute la verve, la folie, le décalé, l’humour, l’autodérison, la plume propre à l’auteur. Je fais indéniablement partie de cette deuxième catégorie mais jamais aveuglément. Je ne me suis pas gênée pour tacler ici même « La fait d’un prince » ou « Journal d’Hirondelle ». Tout Amélie Nothomb se retrouve dans ce roman, le 21ème publié. Lors d’interviews, Amélie Nothomb ne cache pas qu’il lui est finalement plus aisé de parler d’elle dans les romans fictifs que dans ses oeuvres plus autobiographiques. Barbe Bleue est totalement fictif, même si inspiré d’un célèbre conte. Aussi, on a le plaisir de découvrir diverses facettes de la personnalité de l’auteure dans la peau du diable, de son avocat, et de son innocente et éventuelle prochaine victime. Innocente, Saturnine ne l’est pas tant que cela. Le personnage étrange de Don Almério et l’inquiétante rumeur qui l’entoure ne l’inquiète pas, bien au contraire. Tout cela  l’intrigue et emmène avec elle le lecteur, surpris de trouver autant de suspens dans un roman rédigé par une auteure qui ne s’estampille pas « ni polar, ni thriller ». Ainsi, nous assistons avec autant de crainte que de jouissance à un nouveau huit clos entre Saturnine et Don Almirio. Chaque personnage semble aussi brillant l’un que l’autre, même si les idées de l’un sont largement contestables, détestables et pédantes. Mais quel bonheur de participer à cette joute verbale que se livrent les deux personnages de ce roman ! Car oui, le lecteur participe à ces échanges de hautes volées sur les sujets qui hantent notre chère Amélie : l’amour, la mort, l’autre, la passion, le mystère, le droit qu’à chacun à sa zone de secret et les risques qui prend quiconque à s’y aventurera. Qui est coupable  ; celui qui délimite un secret ou celui qui dépasse ses limites ?  Serait-ce un avertissement de la part d’une romancière présente dans la presse à chaque rentrée littéraire, mais que les médias n’évoquent qu’à propos de son oeuvre ou de ses légendaires chapeaux, et rarement un millimètre de sa vie privée qu’elle n’aurait choisi de livrer en pature.

En tout cas, je suis ravie de constater que la planète Amélie Nothomb, si éloignée de notre système solaire, brille toujours autant d’originalité, de distinction, d’unicité, de flamboyance et d’intelligence. A l’aveugle, je pourrais reconnaître la galaxie d’Amélie Nothomb dès les 3 premières pages et ça, j’adore ! Je n’en  dirais pas plus sur ce roman, car lorsque l’on observe une voûte étoilée, un oeil averti et volontaire ne perçoit pas la même chose qu’un regard qui vise le lampadaire. A chacun le plaisir et l’envie de voir, de découvrir et de ressentir ce qu’il veut, ce qu’il est près à accueillir.

En tout cas, Amélie Nothomb, souvent raillée sur le faible nombre de pages de ses romans dit  » Les bons romans sont toujours trop courts, les mauvais toujours trop longs ». Pour moi, Amélie Nothomb reste la reine du bon et court roman, avec un style de plus en plus épuré qui va droit à l’essentiel, tout en laissant à chacun le choix (ou pas) de s’interroger sur les questions ouvertes dans ses pages, ou d’y voir une simple distraction.

Mon seul regret, ce n’est pas au champagne élevé au rang d’élixir dans ce roman que j’écris ce billet, mais au Gamay de Touraine. Mais ce n’est déjà pas mal, bien fruité, comme Barbe Bleue restera un bon millésime dans la bibliogaphie de la romancière.

A l’année prochaine, pour des nouvelles de la Galaxie Nothombienne littéraire.

Chronique de Géraldine

Une autre chronique ici 

 

Barbe Bleue, Amélie Nothomb, Albin Michel 



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