Ca va trop vite d’ Anne Lenner

Ca va trop vite d’ Anne Lenner

« Ca va trop vite » m’a d’abord séduite par sa quatrième de couverture. Roman de la rentrée littéraire, je ne connaissais pas l’auteur, Anne Lenner, pourtant déjà à son troisième roman. En cherchant sur le net, j’ai trouvé quelques phrases bio qui m’ont mis la puce à l’oreille : « Après un passage à la Sorbonne, quelques voyages et une kyrielle de petits boulots, Anne Lenner vit désormais dans un grenier, parce que c’est plus pratique pour regarder les étoiles. A l’occasion, il lui arrive d’écrire. » La dérision et la légèreté de cette présentation me l’ont rendu sympathique et je n’ai pas hésité plus longtemps avant de me plonger dans son nouveau roman.

« Ca va trop vite » porte bien son nom. Il n’y a pas de temps morts dans ce roman où l’on suit Epsilon de ses débuts de jeunes kaïra de banlieue en « stage » chez Lacrymo, THE big boss du Bocal, à son envol hors les murs de la cité. Passant par tous les stades et toutes les conditions, il va devenir tour à tour sentinelle, adepte de trafic de clopes, dealer de shit, de coc… En commençant à 12 ans, ça fait jeune… Puis c’est la course avec son grand frère à qui impressionnera le plus Lacrymo. Arrivent alors humiliation et coups bas et il n’y a plus d’amour fraternel : Epsilon devient une balance.

Le personnage d’Epsilon est à la fois agaçant et attachant. Témoin de son époque, victime de son environnement, il est un môme lambda des quartiers qui rêve de succès et d’argent facile dans un monde qui l’a pénalisé à la naissance : parents démissionnaires, voir absents, grand frère en marge, avenir gris béton et fréquentations faites de dealers, proxénètes et petites frappes. Il a besoin de reconnaissance et va la chercher là où il pense pouvoir en trouver, loin des chemins de l’école.

De dealer, il passe à consommateur et lors de ses soirées de débauches nocturnes sur la capitale, il va rencontrer une jeune fille à papa qui va s’amuser avec son vilain petit « nard-ca ». Profitant de cette aubaine et ayant l’habitude de se servir des gens autant qu’eux se servent de lui, il va découvrir un monde fait de VIP et de personnages importants. De revendeur de came à star du showbiz il n’y a qu’un pas. Quand on vous disait que ça allait trop vite… En Tony Montana à paillettes, il va retourne au Bocal où le passé lui réserve quelques surprises. Une chose est sûre, la vie d’Epsilon n’est pas de tout repos.

L’écriture d’Anne Lenner est punchy et sa fraîcheur se ressent dans ce roman qui va à 200 à l’heure et entraîne le lecteur dans une course folle. Tout va vite… très vite… trop vite. Et la fin ne déroge pas à la règle. Sans être un roman à charge contre les cités et les gamins de banlieue, « Ca va trop vite » n’est pas pour autant une vision édulcorée des ZEP et autres ZUS, ni une recherche de causes à effet, juste le destin mouvementé d’un petit Epsilon qui bon an mal an finira par devenir grand. A lire.

 

Chronique de Nelfe 

 

Ca va trop vite, Anne Lenner, Le dilettante,  ISBN : 978-2-84263-723-1

 

Quatrième de couverture :

On vous aura prévenu : cela va aller vite, et même bien trop. On détaille. La durée : trente ans, mais en trombe. Lieu quasi unique : le Bocal, une cité aquarium banlieusarde, toute de béton opaque, bien complète de sa faune étrange. Le héros, l’avorton raclure au mental pourri de rêveries yankees qui nous narre sa saga a tout du local lambda : père turfiste dingue, mère au foyer, grand frère « trois F : frime, filles et fringues ». Et l’on n’oublie pas Nadia, donneuse de joie. Ses débuts dans la vie, il les fait à coups de trafic de clopes, ce jusqu’au jour où il rencontre Lacrymo, le dealer. Alors là : choc ! révélation ! L’homme est albinos, semblant « le fruit des amours du lapin d’Alice et du chapelier fou ». Après une prise de contact plutôt rêche, notre héros, rebaptisé Epsilon, devient le bras droit de ce « Proust de la schnouf » : deal au quotidien pimenté de menus larcins. Les choses prospèrent, mais se corsent le jour où notre héros dénonce son frère à Lacrymo, qui renvoie la balle. Et son frère d’offrir Nadia la gagneuse à son club d’amis. L’affaire prend vite les proportions d’une poubelle, celle dans laquelle on retrouvera à l’aube la viande du grand frère allégé de sa mâchoire. Epsilon n’en continuera pas moins à tailler dans la vie sa trajectoire de teigneux : junkie un jour, dealer le lendemain, star de la variété le surlendemain. Rail de paillettes, ligne de strass. Pour clore cette dopante virée en zigzag, retour à la case Bocal avec suspense final infernal. Alors tout le monde en piste pour ce Scarface version Paris Nord, ou quand Tony Montana se la joue 9-3. Shake your booty !



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