Citoyen Park de Charly Delwart

Citoyen Park de Charly Delwart

Le troisième roman du belge et parisien Charly Delwart nous emmène sur les chemins sinueux de la politique et de la représentation, notamment cinématographique, en proposant une biographie romancée de Kim Jong-Il, fils du « fondateur » de la Corée du Nord et son « Dirigeant bien-aimé » entre 1994 et 2011.

Le sujet est fascinant  et Kim Jong-Il (Park Jung-wan dans le livre) est un personnage suffisamment énigmatique et singulier pour être qualifié de romanesque. Pensez que ce dictateur a deux dates de naissance, l’une soviétique, l’autre nord-coréenne, dans deux lieux différents, et que le reste de sa vie est tout aussi mystérieux puisque seule la mythologie officielle est rendue publique. Les rumeurs qui courent sur son compte – goûts de luxe effréné, fou de cinéma d’action occidental aux 20’000 cassettes vidéo, inquiétant fan énamouré d’Elizabeth Taylor – sont extravagantes et il est parfois complexe de savoir où se tient la vérité et où commence la fiction.

M. Delwart reprend toutes les facettes de cet étonnant personnage et décrit comment M. Park se verra d’abord imposer une version alternative de son existence, puis comment il décidera de construire sa vie de haut dignitaire dont chaque jour à la tête de l’Etat du Kamcha est un événement grandiose et inoubliable. Si l’on peut reconnaître à l’auteur une volonté d’exhaustivité dans son traitement de la vie de Park/Kim, on regrettera le style choisi. Monocorde, aux phrases heurtées et souvent incomplètes, l’écriture de Charly Delwart se veut originale et rythmée. En vain. Au contraire, elle transforme rapidement la narration en pensum et les presque 500 pages de l’ouvrage forment bientôt un carcan. Si ces pages font bien ressortir le poids et l’ennui de cette dictature asiatique, elles donnent tout aussi prestement des envies d’ailleurs.

On déplorera également une imagination rabougrie tant M. Delwart colle à l’histoire officielle et officieuse de son modèle. Pourquoi ne pas écrire une thèse, un essai, ou simplement une biographie alors éclairante sur un personnage complexe fait de bruits, de légendes et propos rapportés ? Peut-être trop de travail ? La nécessité d’être pointilleux ? Mais ce Citoyen Park en sa forme n’a ni l’intensité révolutionnaire, ni le postmodernisme d’un Guy Debord ou les colères d’un Philippe Muray, ni l’élégance et la complexité aimable du film d’Orson Welles, auquel le titre fait vraisemblablement référence.

Tout comme le protagoniste Park, le lecteur se retrouve dans un no man’s land brumeux où tout devient factice et où le lien entre mensonge et vérité est trop ténu pour que l’on puisse trouver, à force, une quelconque saveur aux informations et anecdotes présentées. Préférez le kimchi – plat traditionnel coréen pimenté composé de légumes fermentés – au Kamcha que les cosaques ou turcophones reconnaitront comme un joli fouet. Doit-on en conséquence s’étonner si le lecteur use des verges qu’on lui fournit …

 

Chronique de David Vauclair

 

Citoyen Park, Charly Delwart, Seuil, ISBN 978-2021059540

 

Quatrième de couverture :

Il a repris l’entreprise familiale, un régime dictatorial, le Kamcha du Nord. Il aurait pu être réalisateur, diriger une fiction. C’est ce qu’il fait aussi, le pays entier comme un studio gigantesque. Devant vingt-quatre millions de citoyens, figurants et spectateurs qui n’ont pas le choix. Il est donc leur héros, leur leader intrépide, et eux ses fans. Il a commencé à bâtir cette fiction très tôt.

 Biographie de l’auteur
Charly Delwart est né en 1975. Il a publié aux Éditions du Seuil, Circuit en 2007 et L’Homme de profil
même de face en 2010.


Citoyen Park – Charly Delwart par EditionsduSeuil
 



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