L’amer orange de Teodoro Gilabert ( 2 )

L’amer orange de Teodoro Gilabert ( 2 )

Destination les Calanques de Marseille. La calanque d’Enriou où, « L’amer Orange », une maison orange surplombe la calanque, servant de point de repère pour la navigation Le mouillage des bateaux y est facilité car la calanque forme un abri naturelle, protégée du Mistral et des vents d’Autan.

C’est dans ce lieu, où le narrateur, professeur de lettres modernes, a vécu une histoire passionnée avec Carole, une danseuse, qu’il décide de revenir près de 20 ans plus tard. Il emménage dans  L’amer orange, afin d’écrire un roman autobiographique, car notre professeur ambitionne de devenir écrivain.

Loin de jouer au Robinson, il s’isole avec un minimum de confort et un maximum de technologie, comprendre un portable et une connexion internet  3G. Alors qu’il peine à écrire, il se met à observer les bateaux qui accostent de manière épisodique en contrebas dans la calanque, deux attirent sont attention un riva, époque Dolce Vita, une embarcation rafistolée qui a fait son temps, et a déjà connu de longues heures de navigation. Puis un yacht clinquant, tape à l’œil Le Salamander. Il se met à tenir Le journal de La Calanque ou il note au jour le jour les allées et venues des bateaux et de leur équipage.

Au départ peu familiarisé à jouer les voyeurs et  de zieuter ses « voisins » de Calanque, à leur insu  avec sa longue vue, il se prend au jeu et se met à inventer leur vie. C’est ainsi que le couple naviguant sur la Dolce Vita devient Marius et Jeannette et ce yacht clinquant de 114 m celui de nouveaux riches russes: Roman Abramovitch et sa très jeune amie Dasha Zhukova, ainsi livré à sa fantaisie il se met à guetter la belle russe et les jeunes femmes de l’équipage. L’une d’entre elle, la très belle et sportive Julia devient alors un alter égo de Carole, dont il est venu chercher le souvenir.

C’est un petit roman de quelques pages, un roman de fin d’été. Les premières pages inquiètent, une auto fiction? le spleen d’un professeur de lettres? rien de neuf sous le soleil. Puis finalement, lorsque l’ambiance marseillaise s’installe, la fiction prend le dessus et je me suis laissé guider.

Si Teodoro emprunte à Robert Guédiguian son Marius et sa Jeannette, c’est bien sur pour créer l’ambiance du vieux port et ce clin d’œil au cinéma de ce réalisateur est assez pertinent. Ce couple d’amoureux retraité semble renaître, exit les luttes syndicales des années 70, Marius, capitaine de son riva sans trahir ses convictions communistes, passe le cap de la lutte des classes et avec sa Jeannette, petit mousse toujours fidèle part à la rencontre de ces nouveaux riches russes millionnaires. Leur rocambolesque équipée fait sourire.

La passion du narrateur pour Julia, skipper sur le bateau des russes, est distillée tout au long du roman. L’histoire d’amour reste floue et s’en dégage une sincérité, qui n’apparait furtivement qu’à la fin du roman, trop tard peut être! Sans voler la vedette à Marius et Jeannette, vivant une deuxième jeunesse.

Si parfois, l’intrigue peut surprendre, j’ai eu l’impression de vivre un petit délire, le ton est à l’humour et le récit est assez fluide et s’enchaine parfaitement. L’auteur sait également transmettre son goût pour la mer et la navigation. Une histoire drôle en forme d’escale sur la Méditerranée aux alentours de la cité phocéenne, à lire « tranquille » sans états d’âmes.

   Chronique de Nath-lit 

L’amer orange, Theodoro Gilabert, Buchet Chastel, ISBN 978-2-283-02608-3

 

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Quatrième de couverture :

Une maison orange accrochée à une falaise de cal¬caire, au milieu d’une garrigue qui peine à se maintenir face aux assauts du vent salé, constitue le meilleur amer qu’un marin puisse espérer.

C’est aussi un excellent poste pour observer les faits et gestes de ceux qui fréquentent cette calanque proche de Marseille. Faits et gestes consignés par le narrateur dans un journal de bord un brin fantasmatique.
À moins qu’il ne s’agisse d’un prétexte pour faire le point sur sa vie, sur la nécessité d’écrire et sur la permanence de ses sentiments pour Carole, sur le lieu de leur idylle, vingt ans plus tard.
Car L’Amer orange est avant tout une déclaration d’amour.



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