Le sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari

Le sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari

Roman de formation d’un jeune homme, comme Sylvie de Nerval ou L’Éducation sentimentale de vous-savez-qui, sur le fond à la fois discret et puissant de la nécessité où nous sommes de penser notre monde, fait de philosophie– ô Leibniz : le meilleur des mondes possibles ! — et d’histoire ancienne, où s’entend la voix, effrontément présente, de Saint Augustin proclamant son Sermon sur la chute de Rome.

Un monde en chute ! Les Goths ont saccagé Rome en 410 de notre ère et Augustin, par encore Saint mais déjà évêque d’Hippone (par encore la Tunisie), avertit ses ouailles du basculement de leur monde. Que nous dit Ferrari ? Que le plaisir n’est pas toute la vie, que le mal est là : même dans ce micro paradis de bistrot corse et sociable où nos deux héros se sont construits une fuite métaphysiquement presque exprimée, que l’on ne sait pas grand’chose des autres même si l’on couche avec eux, que l’on n’en sait guère plus sur soi et que si cela se trouve on est peut-être un Goth, que l’amour est (presque) la seule issue non triviale qui donne accès à la réalité.

Ferrari sait manier la citation sans lourdeur et déploie un certain art de la perspective double — les côtés de la Méditerranée, les paysages sociaux qui se vont en cascade, les îles, le temps comme une île qui se reproduit et où les humains accostent ou pas, ceci au risque de la fadeur des personnages. Mais ceci a sans doute un sens, le micro paradis et son l’hédonisme adolescent, hé bien, c’est cul cul la praline avant que d’être meurtrier.
Je vous laisse deviner où, comment, sur qui et quoi se diffractent, hors de toute fadeur !, la personne et la parole d’Augustin ? Oui je me tais, car la solution m’a laissée baba.

 

Chronique de Clarisse Herrenschmidt

 

Le sermon sur la chute de Rome, Jérôme Ferrari, Actes Sud, ISBN 978-2330012595

Ecoutez Jérôme Ferrari lire un extrait 

Quatrième de couverture :

Empire dérisoire que se sont constitué ceux qui l’ont toujours habité comme ceux qui sont
revenus y vivre, un petit village corse se voit ébranlé par les prémices de sa chute à travers quelques
personnages qui, au prix de l’aveuglement ou de la corruption de leur âme, ont, dans l’oubli de
leur finitude, tout sacrifié à la tyrannique tentation du réel sous toutes ses formes, et qui, assujettis
aux appétits de leur corps ou à leurs rêves indigents de bonheur ou d’héroïsme, souffrent, ou
meurent, de vouloir croire qu’il n’est qu’un seul monde possible.

Biographie de l’auteur

Né à Paris en 1968, Jérôme Ferrari a enseigné en Algérie puis en Corse. Depuis septembre 2012, il est en poste dans les Emirats arabes unis. Chez Actes Sud, il est l’auteur de quatre romans : Dans le secret (2007; Babel n° 1022), Balco Atlantico (2008), Un dieu un animal (2009, prix Landerneau ; Babel n ° 1113) et Où j’ai laissé mon âme (2010, prix du roman France Télévisions, prix Initiales, prix Larbaud, grand prix Poncetton de la SGDL).


une petite faim de culture ? inscrivez vous à la newsletter
Share This
WordPress Video Lightbox Plugin