Les fidélités successives de Nicolas d’ Estienne d’Orves

Les fidélités successives de Nicolas d’ Estienne d’Orves

Qui n’a jamais rêvé de comprendre l’inextricable, de démêler l’absurde, et fort de cette maîtrise, telle la justice en marche, de fustiger les méchants ? Nicolas d’Estienne d’Orves empoigne avec ambition la période de la deuxième guerre mondiale et de l’épuration qui a suivi, pour nous proposer « Les fidélités successives », roman de noir et de blanc en éclairage sur cette sombre période.

 Présenté sous la forme d’un journal qui veut comprendre les événements et restaurer la vérité, ce long récit retrace chronologiquement, à partir d’événements historiques, le parcours « romanesque » de Guillaume Berkeley. Il incarne avec ses fidélités successives la somme de documentation de l’auteur, la complexité qui consiste à appréhender le réel, et malgré lui, les problèmes inhérents à tout récit qui se veut plausible, sans oublier la difficulté de faire œuvre littéraire. Cela fait beaucoup pour un seul homme et auteur.

 Si nous pouvons saluer l’ambition et le sérieux des recherches, ainsi que la volonté assumée de présenter un héros de feuilleton à qui TOUT arrive, et bien que la lecture de 700p soit agréable, il est parfois difficile de ne pas sourire ou déplorer des ficelles un peu trop visibles. Par souci de clarté, d’objectivité et de coups de théâtre palpitants, le récit comporte plus de démonstrations, de questions en enfilade, d’énumérations, que de passages littéraires et d’ampleur psychologique. À trop vouloir expliquer les événements et leur causes, à trop vouloir démontrer les ambivalence d’un homme en proie aux choix continuels, à trop vouloir maintenir l’attention du lecteur, et en voulant rationnaliser le pire de l’humain, « les fidélités successives » se dégonflent et le style s’appauvrit. Le rythme rapide et l’explication à tout prix simplifient la narration. Même si le genre exacerbe cela, la folie, la cruauté et l’ambigüité des personnages et situations sont finalement peu convainquantes. On est loin des abîmes de l’âme humaine qui font les grandes oeuvres littéraires, et trop dans les clichés qui ornent les feuilletons. La fin est un modèle du genre et peut laisser le lecteur dubitatif. « Trop » c’est ici vraiment trop et il n’est pas sûr que nous soyons plus avancés au terme du récit qu’au début.

Néanmoins pour ceux qui aiment les grandes fresques sur fond d’histoire mêlant coups de théâtre et mélo et ne craignent pas les clichés ou l’eau de rose, « Les fidélités successives » reste un récit foisonnant et un résumé documenté de cette période effroyable de l’Histoire. 

Chronique de Christiane Miège

Les fidélités successives, Nicolas Estienne d’Orves, Albin Michel

Le fil rouge :

 

 

 

 

 

 

 

Quatrième de couverture  :

« Champion du double jeu, je ne sais plus ni qui je suis, ni quelle vie est véritablement la mienne. »

Anglais et Français, résistant et collaborateur, lâche et héros, Guillaume Berkeley oscille, dans le Paris de l’Occupation, entre mensonge et vérité. Amoureux, tout comme Victor, son frère aîné, de Pauline, leur demi-sœur, il vit au rythme de ses « fidélités successives ».
Servie par une écriture limpide, cette fresque romanesque explore, avec sensibilité et lucidité, les ambiguïtés amoureuses et les engagements politiques d’un personnage complexe, tantôt ombre tantôt lumière, victime de ses démons intérieurs et confronté à des circonstances qui le dépassent.
Nicolas d’Estienne d’Orves, prix Roger Nimier pour Othon ou l’aurore immobile, nous donne ici un roman ambitieux où réalité et illusion apparaissent comme les deux figures d’une même monnaie.



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