Une partie de chasse d’Agnès Desarthe

Une partie de chasse d’Agnès Desarthe

Une Partie de chasse, ou comment le chassé n’est pas forcément celui qu’on croit …

La narration s’ouvre sur un lapin, petit animal traqué par ce groupe de chasseurs bien lourdauds et aussi assoiffés de sang que leurs chiens. Une vie qui ne tient qu’à un fil, ou plutôt qu’à un trou. Mais arrivera-t-il à y rester, lui, l’animal qui ne vit que dans l’instant présent ? Évidemment, le désir de sortir est très fort, et notre animal a beau raisonner comme un philosophe, c’est bien un joli plomb qui l’attend à la sortie de sa cachette.
La détonation lancera l’intrigue.

Celui qui vient de lui tirer dessus, c’est Tristan, un antihéros qui n’a même pas sa place parmi ce groupe de chasseurs. On se demande ce qu’il fait là : arrive-t-il à prendre des décisions dans sa vie ? Pourra-t-il un jour être maître de son destin ? C’est en effet sa femme qui l’a poussé à faire cette partie de chasse : pour s’intégrer dans ce village, que ne ferait-elle pas ? La vie de Tristan se résume un peu à ce coup qui vient de partir tout seul de sa carabine : ce n’est pas un homme qui agit, non, il subit.

Un peu comme ce lapin, d’ailleurs, tout chaud encore et bien vivant, que Tristan a décidé de protéger et de mettre sans sa gibecière : ce sont des traqués tous les deux, ils n’ont guère besoin de parler le même langage, ils se comprennent.

Malgré tout, quand un des chasseurs, peu amène encore cinq minutes auparavant avec Tristan, tombe dans un trou, celui-ci n’hésite pas à chercher un moyen de l’en sortir. Et voilà comment se poursuit Une Partie de chasse : sur le principe de l’arroseur arrosé, le chasseur est à son tour dans un trou, à l’instar de ces bêtes qu’il poursuit. Cela changera-t-il sa conception de la vie ?

La variation des points de vue permet de balader le lecteur à travers les différents méandres de la psyché des êtres vivants. Égaux, du moins sur le papier, le lapin et Tristan sont deux êtres qui ont autant à apporter au lecteur. Le lapin ne serait-il pas paradoxalement le plus sensé, ou du moins le moins perdu des deux ?
Néanmoins ils se rejoignent sur bien des points : le lapin court, il n’a pas le temps, un peu comme celui d’
Alice aux Pays des Merveilles, et Tristan lui non plus n’a jamais vraiment réussi à se poser quelque part. Ses souvenirs montrent une enfance malheureuse. Délaissé très tôt par sa mère qui lui préfère l’alcool et la drogue, Tristan est un orphelin qui a poussé sans tuteur. Il subit son départ pour Londres, c’est un objet qu’on déplace et qu’on pose, il en sera de même pour sa première expérience sexuelle.

Allégorie de la condition humaine (on court toujours, mais après quoi en définitive ?), voici que ce récit pourrait presque avoir des allures de romans post-apocalyptique lorsqu’une tempête décide de s’inviter dans cette narration. Au moins cette montée des eaux aura-t-elle permis, tel un baptême, de laver les personnages de leurs petits secrets, ils pourront alors peut-être commencer une véritable vie, une fois entrés dans l’âge adulte.

Et voilà comment une vulgaire partie de chasse permet de grandir …

Roman d’apprentissage, Une partie de chasse  est au final un roman mille-feuilles qui pourra être abordé sous différents angles, un de ces romans qui fait sens et qui n’a pas dévoilé toutes ses richesses après une première lecture.

 

Chronique de Leiloona 

Une partie de chasse, Agnès Desarthe, L’olivier, ISBN : 978-2879299983

Le site de l’auteur:  http://www.agnesdesarthe.com/agenda.htm

 

Quatrième de couverture :

Un roman d’éducation: fureur et mystère. Au cours d’une partie de chasse, un homme tombe dans une galerie souterraine. Tristan est désigné pour rester sur les lieux tandis que les autres iront chercher du renfort. Mais les secours n’arrivent pas et la tempête se lève. Une longue attente commence. Tout en essayant de soutenir moralement celui qui s’est blessé en tombant (et dont il se sent si loin), Tristan se remémore la suite des événements. Il revit sa rencontre avec sa femme Emma, l’évolution de leur relation. C’est elle qui l’a convaincu de partir chasser, pour que les autres l’acceptent dans le cercle des hommes. Il repense aussi à sa mère malade dont l’image le hante encore aujourd’hui, au petit garçon docile qu’il était alors à son chevet. Et lui, qui a toujours plié sous la volonté des femmes, interroge enfin la place de son propre désir. Tristan s’abrite de la tempête comme on se terre au fond d’un terrier, dialoguant en cachette avec un animal rescapé de la partie de chasse, quand les voix des humains ne lui parviennent plus. La nature se déchaîne alors dans une colère salutaire. Et peut-être le déluge, qui emporte tout sur son passage, obéit-il au rêve de Tristan de faire table rase. Avec Une partie de chasse, Agnès Desarthe signe un roman violent et énigmatique. Il nous parle d’un monde que les dieux auraient abandonné, laissant la place aux pulsions les plus secrètes qui dorment dans le cœur des hommes.



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