L’amer orange de Teodoro Gilabert

L’amer orange de Teodoro Gilabert

Après le rose et le mauve, le géographe également plasticien Téodoro Gilabert colore d’orange son dernier roman. Et si pour le poète Éluard la « terre est bleue comme une orange », sa grande bleue à lui, porte le goût de l’amer.

L’auteur retourne sur les lieux de son amour de jeunesse Carole (la dédicataire du roman) et s’isole dans l’amer orange – une maison dans les Calanques qui sert de repère visuel aux marins – afin d’écrire. Il organise rationnellement sa double mission : être écrivain et retrouver de ce fait son amour perdu.

La littérature est ici proposée en réparation des échecs de la vie et telle une baguette magique, en réponse à tous les fantasmes. L’intention et la fabrication bien orchestrée l’emporteraient sur la nécessité intérieure, le talent, la chance ou la persévérence, afin d’ amener la réussite dans des domaines aussi peu maîtrisables que l’art et l’amour.

Improbable. Pourtant cet habile roman à double fond passe joyeusement de la réalité à la fiction. Par moment teinté d’ironie, le recit amusé navigue entre tous les possibles narratifs sans jamais perdre de vue son amer orange, le livre lui-même. En tenant soit disant un journal de bord nourri d’observations de sa réalité quotidienne, Téodoro Gilabert écrit le vrai roman que nous lisons. Ce paradoxe fait tout l’intérêt du livre qui cible égalements les travers humains et sociaux. En se jouant des clichés, la fiction finit par faire littérature. L’auteur égare finement le lecteur pour mieux souligner sa liberté artistique de butiner entre son imagination et son imaginaire. Les chapitres sont courts, enlevés, comme les épisodes d’un feuilleton. D’une pochade aux intentions sérieuses, au fil d’une réalité qui perd son fil dans une suite invraisemblable d’événements rocambolesques, l’auteur observe les scènes qu’il invente, pour répondre à ses fantasmes et au plaisir du lecteur.

Teodoro Gilabert affirme qu’ « écrire c’est se mentir et mentir au lecteur », et pourtant le livre est vraiment dédicacé à Carole.

Chroniqué par Christiane Miège 

L’amer orange, Thoedoro Gilabert, Buchet Chastel, ISBN 978-2-283-02608-3

Le fil rouge :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quatrième de couverture :

Une maison orange accrochée à une falaise de cal¬caire, au milieu d’une garrigue qui peine à se maintenir face aux assauts du vent salé, constitue le meilleur amer qu’un marin puisse espérer.

C’est aussi un excellent poste pour observer les faits et gestes de ceux qui fréquentent cette calanque proche de Marseille. Faits et gestes consignés par le narrateur dans un journal de bord un brin fantasmatique.
À moins qu’il ne s’agisse d’un prétexte pour faire le point sur sa vie, sur la nécessité d’écrire et sur la permanence de ses sentiments pour Carole, sur le lieu de leur idylle, vingt ans plus tard.
Car L’Amer orange est avant tout une déclaration d’amour.



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