La mer, le matin de Margaret Mazzantini

La mer, le matin de Margaret Mazzantini

Les plus belles rencontres littéraires reposent parfois sur les sujets les plus simples d’apparence. Je ne connaissais pas Margaret Mazzantini qui a déjà publié plusieurs romans, dont Ecoute-moi et Venir au monde. Le choix de celui-ci s’et fait sur la couverture, le titre, la quatrième de couverture, tous sobres et pleins de sérénité et qui me laissaient présager une découverte particulière. J’ai assez souvent connu de semi-déceptions pour me méfier. Et pourtant…


Un petit garçon découvre l’oasis du Sahara où il habite, devenue au fil des années une ville bâtie de bric et de broc dans le désert, loin de la mer qu’il aimerait connaître : « 
Farid n’a jamais vu la mer, il n’a jamais mis les pieds dans l’eau. Il se l’est imaginée des milliers de fois. Piquée d’étoiles comme le manteau d’un pacha. Bleue comme le mur bleu de la ville morte. » Farid s’amuse avec ses camarades, fréquente l’école, approche un soir une jeune gazelle venue du désert. La famille de Farid se réjouit et s’inquiète des premiers soubresauts du printemps libyen : « Quand il voit Misrata détruite par les tirs, grand-père Mussa arrache du mur l’affiche du Caïd, il en fait une boule et la jette sous le lit. » La suite montre comment la guerre touche immédiatement les plus faibles, les plus démunis, les plus éloignés de la politique.
De l’autre côté de la Méditerranée, dans une île proche de la Sicile, sans doute Lampedusa bien qu’elle ne soit jamais nommée, un tout jeune homme observe le flux des réfugiés déferlant sur la côte, en piteux état, malades ou mourants, ou n’arrivant jamais vers cette terre où se trouvait leur salut. Par la famille de sa mère, Vito est lié aussi à la Libye où des italiens s’étaient installés, avant d’en être chassés en 1970 par Kadhafi. Sa mère traîne avec elle une nostalgie ténébreuse de cette ville de Tripoli où elle a passé ses plus jeunes années. « 
Angelina lui a dit : les oiseaux savent laisser leurs œufs bien à l’abri. Nos œufs à nous ont été cassés. Sacrifiés. Nos maisons dans une valise. Sortir de sa coquille pour courir, fuir. » Vito rêve en regardant la mer, il rêve sa vie, son avenir, son destin…

Une narration au présent place d’emblée le lecteur aux côtés de ces deux familles qui connaissent chacune à leur tour le déracinement, la fuite ou le retour vers un ailleurs qui n’est pas le leur. D’une simplicité tout imprégnée de poésie, d’humanité, l’écriture de Margaret Mazzantini m’a séduite et touchée et si j’ai dévoré ce court roman, je l’ai laissé tout hérissé de marque-pages, et l’ouvrir et relire quelques lignes me fait retrouver immédiatement l’atmosphère qui m’a séduite. Une très belle découverte donc ! 

 

Chronique de Kathel du blog Lettres Exprès 

La mer, le matin, Margaret Mazzantini, Robert Laffont, traduction Delphine Gachet, ISBN 978-2221131398

 

Quatrième de couverture :

En Libye la révolte gronde. La guerre éclate. Dans un pays en proie à la violence, en pleine déroute, certains n’ont plus le choix. Il leur faut partir avant d’être tués, comme Omar, le mari de Jamila. La jeune femme part donc avec son petit garçon, Farid, trop jeune pour comprendre la violence des hommes. Farid ne connaît que le désert. La terre de ses ancêtres bédouins. Il n’a jamais vu la mer. Mais Jamila sait que le salut est là, que leur unique chance de survie est d’embarquer sur l’un de ces bateaux qui promettent de les mener en Sicile.
Jamila a donné tout son argent au passeur, elle n’a plus rien, plus rien que cette dérisoire amulette qu’elle a nouée autour du cou de Farid, plus rien que son châle qui le protégera du soleil et du sel, plus rien qu’un peu d’eau qu’elle lui donne goutte à goutte, pour qu’il ne meure pas. Et cette force que le désespoir donne aux mères.
De l’autre côté de la mer, vit un autre garçon, Vito, qui ne sait que faire de ses dix-huit ans. Vito est né en Sicile mais sa mère, Angelina, a vu le jour à Tripoli. Pendant onze ans, elle a été arabe. Avant qu’en 1970, Kadhafi, ayant pris le pouvoir, chasse les colons italiens de cette « quatrième rive » de l’Italie où la faim les avait poussés à émigrer. Elle est partie avec ses parents, qui n’ont jamais pu se sentir chez eux en Italie. Un jour, Angelina a su que les Italiens pouvaient revenir en Libye. Faire du tourisme. Kadhafi était l’ami de Berlusconi. Alors Angelina est retournée à Tripoli avec son fils, Vito, et sa mère, Santa. Angelina a marché sur les traces de son passé, de celui de tous ces Italiens qui ont travaillé la terre de Libye, de ses parents qui avaient repris une petite fabrique de bougies. Elle a même retrouvé Ali, son ami d’enfance. Mais la Libye n’est plus le pays de ses jeunes années, et Ali n’est plus le garçon d’autrefois.
L’été n’en finit pas de s’achever. Vito traîne sur les plages son mal de vivre. Sur la grève, la mer dépose les débris d’un naufrage, les débris d’une histoire. Celle de tous ceux qui ont voulu fuir leur pays mais qui n’accosteront jamais aux rives de l’Italie. Vito ramasse ces vestiges sur la plage. Il sait, il sent qu’il lui faut préserver la mémoire de ces jours terribles. Il colle ses trouvailles sur un immense tableau bleu. Au centre, une de ces amulettes porte-bonheur que les mères arabes mettent au cou de leurs enfants pour les protéger du mauvais sort.

Biographie de l’auteur

Née à Dublin, fille d’un peintre irlandais et d’un écrivain italien, Margaret Mazzantini a quarante-cinq ans. Actrice, romancière et scénariste, elle consacre aujourd’hui sa vie à l’écriture et à sa famille.
Après Antenora, Écoute-moi (Robert Laffont, collection « Pavillons », 2004) et Venir au monde, La Mer, le matin est son quatrième roman.

 



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