C’est Maman qui a tué le Père Noël d’ Alexandra Varrin

C’est Maman qui a tué le Père Noël d’ Alexandra Varrin

Alice Deschain, se lève en panique à 7 heures le matin du 24 décembre 2011 et se met au lit le même jour à 21 heures 24 sans ouvrir ses cadeaux de Noël parce qu’elle n’en a… rien… rien à foutre !

Ca c’est pour la première partie de C’est maman qui… : dix chapitres découpent minutieusement le déroulement d’une journée de retrouvailles calamiteuses, alternant équitablement les points de vue d’Alice, la fille, de sa mère Danièle, et de sa grand-mère Berthe. Toutes les trois, chacune dans leur style de dinguerie personnelle, rivalisent de provocation, de mauvaise foi, de méchanceté plus ou moins volontaire, de maladresse névrotique. Tout ça, rythmé et conté avec un humour noir ravageur mais pas dénué d’émotion.

Dans la seconde partie, plus courte (4 chapitres)
, Alice joue plus ou moins consciemment le rôle de deus ex machina, et à quelques outrances près rétablit in extremis un semblant de paix provisoire entre belligérantes.

Et puis il y a l’épilogue, mais là je ne peux rien dire. Seulement que c’est une idée forte et formidablement touchante, géniale, quoi ! Je n’irai pas jusqu’à penser qu’Alexandra Varrin a écrit tout le roman pour cette chute, non, mais chut !

Cette histoire de fête de famille, sans être aussi tragique et destructrice que celle de Festen, laisse un profond sentiment de malaise parce qu’elle est terriblement vraisemblable. Bien sûr, je ne souhaite à aucun lecteur ou lectrice de C’est maman qui… de reconnaître son ascendance ou sa descendance, encore moins les deux, dans les personnages hors normes d’Alexandra Varrin. Hors normes ? Pas si sûr. Je parierais que nous avons tous quelque chose (ou plusieurs choses) d’Alice, de Danièle, ou de Berthe. Moi, c’est par exemple la vieille robe de chambre décousue, portée fièrement pour accueillir la visiteuse, que j’ai reconnue.. Alors, en rire pour ne pas en pleurer ? Ou comme Alexandra… s’en foutre (?)… et écrire.

Souvent, en lisant un roman, je joue à trouver d’autres titres possibles. Le Chat étant déjà pris, et Famille je vous hais risquant de poser des problèmes de droits, voici quelques unes de mes propositions, inutiles mais motivées, pour le quatrième roman d’Alexandra Varrin :

La Tarte maison - un jeu de mots un peu facile mais qui fait rire, page 99 : « pas de tarte maison, si l’on excepte Alice »

Les Bonshommes – un long et magnifique développement sur la névrose de Berthe, sa peur des bonshommes et des puisards : « on ne peut pas faire confiance aux bonshommes »

Le Syndrome suédois – jusqu’au chat qui semble en être atteint… « Dans les vraies familles, il n’y a pas de happy end quand les relations sont compliquées dès le départ. Il y a de la rancœur, du ressentiment, parfois même de la haine et rarement de poésie. Ça n’empêche pas qu’il y ait aussi parfois une certaine forme d’amour, susceptible à tous moments de prendre le pas sur le reste, sans qu’on sache si c’est parce que tout ce bordel, finalement, on y prend goût, ou si c’est juste une sorte de syndrome de Stockholm. »

Sinon, quatre romans en moins de cinq ans : elle est productive la gamine, et précoce ! J’avais lu à leur sortie Unplugged (2009), et J’ai décidé de m’en foutre (2011). Pour le premier, c’était par curiosité de blogueuse pour une autre blogueuse qui traitait des nouvelles formes de rencontres sur la Toile. J’avais bien aimé, mais sans être bégueule, ou alors un petit peu seulement, je trouvais que Mademoiselle Varrin secouait bien fort son lecteur ; sa lectrice, en l’occurrence !

Dans J’ai décidé de m’en foutre, le double de l’écrivain apparaît, cette Alice Deschain qui n’a pas de père et ne veut pas ressembler à sa mère. J’avais beaucoup moins aimé J’ai décidé que… que C’est maman qui…, toujours à cause du style, mais surtout parce que la vie de hipster déglinguée d’Alice à Paris, même drolatique, me paraissait exagérément noire et peu réaliste, volontairement trash.

Ce serait beaucoup dire que le style de l’auteur s’est adouci, car il est toujours aussi percutant et vif, voire rude, mais je l’ai trouvé beaucoup plus homogène et policé, moins brutal exprès, que dans les deux autres ouvrages lus avant. Alexandra Varrin réserve strictement les injures, gros mots et facilités langagières aux parties dialoguées – comme dans la vraie vie – alors que dans les parties narratives, les phrases sont longues (parfois un chouïa trop), bien balancées, bien virgulées. Le contraste entre style soutenu de la narration, et réalisme des conversations ou pensées intimes, est bien mieux rendu ainsi.

 

Chronique de Tilly

C’est Maman qui a tué le Père Noël, Alexandra Varrin, Léo Scheer, ISBN  978-2756104003

 

Quatrième de couverture :

«  Ils ne pensent pas à mal et au fond ce sont des gens bien, notion que vous avez apprise par cœur même si ce sont des personnes que vous ne connaissez pas, qui ne se sont jamais mouillées pour vous et à qui vous hésiteriez longtemps à donner un rein même en sachant qu’ils en ont besoin. La famille. Finalement c’est un peu comme la religion  : si ça n’existait pas, il y aurait moins de tarés.  »

Huis-clos familial tragi-comique, C’est maman qui a tué le Père Noël réunit pour les fêtes de fin d’année trois femmes issues de générations différentes, la grand-mère, la mère et la fille, chacune en proie à ses névroses, pas nécessairement compatibles avec celles des autres. Les squelettes sortent du placard tandis que tout le monde déballe sa hotte à l’occasion de la Nativité, et, comme le veut la coutume, ça sent le sapin.

 



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