La vie de Régis de Sà Moreira

La vie de Régis de Sà Moreira

Attention ce livre est un OLNI. Non, non je ne me suis pas trompé, il ne s’agit pas d’un roman de Véronique Olmi que Régis de Sà Moreira aurait signé par inadvertance. C’est un Objet Littéraire Non Identifié (OLNI c’est un vieux truc journalistique, on change une lettre à Ovni et on crée ainsi un nouvel acronyme). La vie c’est d’abord un dispositif : des paragraphes d’une dizaine de lignes environ qui reprend le monologue intérieur d’un personnage. Avec, à la fin de l’envoi, une référence à un tiers, qui devient le narrateur du paragraphe suivant. Suis je bien clair ? Si ce n’est pas le cas, n’hésitez pas à l’indiquer dans les commentaires, je me ferai un plaisir de vous expliquer avec un exemple…

On ouvre donc le livre, on commence et on se dit (en réalité Je me dis) « mon petit Régis, j’ai bien aimé tes précédents romans, je me souviens même que dans une autre vie, quand j’étais libraire, tu étais venu inaugurer la dite librairie, mais ton truc là, c’est un peu léger. » Autrement dit, on commence la lecture, en se disant, tu m’auras pas avec ton truc.. et on tourne les pages et on suit les aventures des uns et des autres, de cette « foule sentimentale » comme aurait chanté Souchon, puisqu’une bonne partie du livre tourne autour de l’amour, de la difficulté à le trouver ou à le garder..  « Je m’en fous qu’il me trompe, du moment que c’est lui qui me trompe. C’est pour ça que ej l’ai chosi. Je ne le supporterais de personne d’autre… »

Car oui, Régis de Sà Moreira nous emporte avec son idée foutraque, on suit les personnages, on accepte sa ronde (attention référence littéraire autrichienne) contemporaine, qui passe d’un homme à sa femme qui croise un inconnu qui pense à Julia Roberts qui demande à son chauffeur de la racompagner à son hôtel.. et on croise ainsi des vaches, le reflet d’une femme, des foetus et des morts, qui tous sont entre expérience et philosophie. Au fil des mini récits qui s’enchaînent, la narration se fait grâce aux liens tissés entre les personnages. C’est la relation entre les uns et les autres qui crée la dynamique, jusqu’à la chute ultime, particulièrement réussie.

Derrière une apparente facilité stylistique, Régis de Sà Moreira utilise une écriture nette et précise, capable de faire exister un personnage en une dizaine de lignes. Son propos subtil n’ignore pas l’humour, parfois grinçant. « Dès qu’un enfant aligne plus de trois mots, ses parents crient au génie. Ils ont l’air sincèrement persuadés que l’intelligence est un atout dans la vie. Pour réussir à se suicider du premier coup, peut-être, et encore il y en a qui ratent. » Ou encore, cette remarque coquine : « j’ai joui dans ma robe de mariée, je souhaite à toutes les femmes de connaître ce bonheur au moins une fois dans leur vie… »

La vie est un sismographe des états d’âme de l’homme moderne, homme de la foule confronté à la multitude à ne plus en savoir qui il est, ce qu’il pense : « il y a tellement de points de vue différents, je ne sais plus du tout où est le mien ». Qu’importe après tout, cette multitude est finalement une consolation. Un des narrateurs envisage « Faire des enfants bien sûr ! Faute de devenir quelqu’un d’autre, créer quelqu’un d’autre ! Ou à défaut lui refiler le problème… » En écrivant ce livre, Régis de Sà Moreira et loin de nous refiler le problème, il nous aide à le solutionner (attention c’est un piège seuls les ânes solutionnent. En français, on résout un problème ! Compris ? Le premier qui répond pas de souci prend de très gros risques).

 

Chronique de Christophe Bys

La vie, Régis de Sa Moreira, Au diable vauvert, ISBN 978-2-84626-442-6

 

Quatrième de couverture :

 

Des personnages se succèdent et se croisent, auxquels on s’attache le temps de quelques lignes, d’une pensée, d’un fragment d’histoire, par une fenêtre ou un rideau, un souvenir, un quai de métro, un souffle, tout ce qui tisse le fil du hasard. L’étudiante, le jardinier, la star, l’astronaute, l’enfant, le boulanger, le prof d’histoire, et même des morts ou le Pape… ont pourtant un point commun : cette vie continue, qui coule, circule d’âme en âme, et nous relie. Pris de vivacité et de fraîcheur, on entre surpris, promené comme à la marelle par un texte profond et tendrement drôle. Vite on en savoure chaque paragraphe, on le relit, on reconnaît les personnages, on se demande où cela va nous mener. Peu à peu, on devient l’autre, tous les autres, le texte déborde nos vies. On se surprend à regarder autour de soi, à observer son voisin. La vie est un miraculeux hommage à la communion muette des âmes, à notre humanité.

 



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