Les amoureux de Sophie Avon

Les amoureux de Sophie Avon

La Bohème de Charles Aznavour  pourrait être la bande-son de ce roman de Sophie Avon. J’y ai pensé plus d’une fois au cours de ma lecture, tant est prégnante ici cette insouciance qui caractérise les années 80, contexte choisi par l’auteure pour développer son histoire.

Ils ont à peine vingt ans pour la plupart, passionnés par l’art sous toutes ses formes, pensent avoir du talent et courent le cachet en se nourrissant de rêves et d’idéaux, tout en cherchant à se faire une place au soleil, sur les planches des théâtres parisiens ou les projecteurs des plateaux de tournages. La précarité de leur vie, ils l’idéalisent, puisque seul l’amour compte à leurs yeux, bien plus que l’argent ou la gloire.

Vous l’aurez compris, Sophie Avon retranscrit à merveille l’était d’esprit et les idéologies du début des eighties avec ces personnages qui vivotent en attendant de décrocher un rôle et se contentent d’amour et d’eau fraiche. La réussite de la reconstitution sociétale de l’époque est ce qui m’a semblé le plus réussi dans ce roman.

Car malheureusement, j’ai ensuite vite déchanter.

La couverture du roman, sobre et jolie, exsude une sensualité qui associée à une alléchante quatrième de couverture laissait miroiter une histoire d’amour fou, passionnée et fougueuse.

Mille fois hélas, il n’en va pas tout à fait ainsi dans cet ouvrage de Sophie Avon, que je découvre par ailleurs avec ce livre, et je n’ai pas vu mes attentes tout à fait comblées, je dois le confesser.

Pauvre de moi qui m’attendais à m’émouvoir ou tout du moins à vibrer, frémir et trembler face à cette histoire d’amour apparemment douloureuse et poignante. Je me suis sentie flouée sur toute la ligne, trompée sur la marchandise de bout en bout tant le roman ne m’a procuré qu’une seule sensation : l’ennui.

Bien peu d’émotions se dégagent de ce roman où l’amour est, je pense, trop intellectualisé, disséqué, discuté…pour parvenir à toucher le lecteur. La sensualité n’est guère au rendez-vous non plus. C’est surtout une certaine crudité du langage qui l’emporte dans les scènes d’amour.

Sorte de Jules et Jim inversé (et transposé dans les eighties) où deux jeunes hommes s’aiment passionnément avant de rencontrer et de tomber amoureux successivement de la même femme (déjà, cet état de fait semble bien peu crédible, le monde est petit, tout le monde se connait à Paris dans les milieux du spectacle, certes, mais quelle est la probabilité pour que deux anciens amants tombent amoureux fous l’un après l’autre de la même femme en l’espace de quelques mois ?). Du coup, ces deux histoires d’amour semblent artificielles.

Surtout que le thème de la quête de l’identité sexuelle des personnages masculins du roman n’est que survolé par Sophie Avon, pas assez fouillé ni analysé selon moi. Il est un peu fort de café, que deux jeunes hommes à priori attirés par les garçons deviennent subitement hétérosexuels (ou presque) en tombant amoureux de la même jeune fille ! mais soit, admettons que cela s’explique par le climat libertaire du début des années 80 et passons. Cependant, j’aurais vraiment apprécié que l’auteure nous montre le cheminement intérieur et intime des personnages masculins du roman. Un jour, ils aiment un garçon, le lendemain une fille. Cela manque d’une certaine réflexion sur l’identité sexuelle, le processus amoureux concernant les deux jeunes hommes n’est pas assez explicité. Les personnages ont l’air de changer de sexualité comme on change de chaussettes comme ça brusquement.

Au détour d’une phrase, Alexandre qui, bien que très amoureux, ne parvient pas pendant des semaines à exprimer charnellement son désir pour sa compagne, réussit subitement à faire l’amour avec elle comme ça, sans que rien ne laisse entrevoir le processus amoureux ou même mental intervenu dans l’esprit du jeune homme ! C’est un peu trop facile et j’ai trouvé que l’auteure avait trop tendance à user de ce genre de pirouettes pour se sortir des ornières narratives de son intrigue. C’est dommage.

Je ne demandais pas une étude de mœurs sur les années 80 mais une immersion partielle dans l’esprit des personnages masculins n’aurait pas été superflue. J’ai également été surprise que Sophie Avon n’évoque pas le début des années Sida (ici, les personnages n’utilisent pas de protections ce qui laisse penser que les premiers ravages de la maladie n’ont pas encore fait parler d’eux).

Autre souci majeur : les personnages sont bien peu attachants. Ils m’ont semblé préfigurer ce qui allait devenir le « bobotisme » des années 2000, tant ils semblent élitistes et regardent l’existence et les gens de haut comme s’ils étaient supérieurs à tous et à tout. Résultat, eux non plus ne sont pas parvenus à m’émouvoir un iota.

La très belle écriture de Sophie Avon ne parvient pas à sauver l’ensemble où trop de longueurs viennent décourager le lecteur. Quelques instants surnagent parmi l’océan de bavardages et de références culturelles qui s’écoule entre les pages de cet ouvrage.

Au final, je n’ai pas apprécié cette lecture et je suis déçue. Je m’attendais à un beau roman plein de frémissements, de passion et d’intensité et j’ai trouvé à la place un roman parfois ennuyeux, dénué d’émotions et empli de personnages désincarnés et agaçants.

Je garderai de ce livre la vive sensation d’une déception latente. Comme quoi, une couverture attirante est parfois trompeuse, mieux voir revoir Jules et Jim de Truffaut ou sur un sujet assez similaire le très joli film d’André Téchiné : Rendez-vous.

La Bohème de Charles Aznavour  pourrait être la bande-son de ce roman de Sophie Avon. J’y ai pensé plus d’une fois au cours de ma lecture, tant est prégnante ici cette insouciance qui caractérise les années 80, contexte choisi par l’auteure pour développer son histoire.

Ils ont à peine vingt ans pour la plupart, passionnés par l’art sous toutes ses formes, pensent avoir du talent et courent le cachet en se nourrissant de rêves et d’idéaux, tout en cherchant à se faire une place au soleil, sur les planches des théâtres parisiens ou les projecteurs des plateaux de tournages. La précarité de leur vie, ils l’idéalisent, puisque seul l’amour compte à leurs yeux, bien plus que l’argent ou la gloire.

Vous l’aurez compris, Sophie Avon retranscrit à merveille l’était d’esprit et les idéologies du début des eighties avec ces personnages qui vivotent en attendant de décrocher un rôle et se contentent d’amour et d’eau fraiche. La réussite de la reconstitution sociétale de l’époque est ce qui m’a semblé le plus réussi dans ce roman.

Car malheureusement, j’ai ensuite vite déchanter.

La couverture du roman, sobre et jolie, exsude une sensualité qui associée à une alléchante quatrième de couverture laissait miroiter une histoire d’amour fou, passionnée et fougueuse.

Mille fois hélas, il n’en va pas tout à fait ainsi dans cet ouvrage de Sophie Avon, que je découvre par ailleurs avec ce livre, et je n’ai pas vu mes attentes tout à fait comblées, je dois le confesser.

Pauvre de moi qui m’attendais à m’émouvoir ou tout du moins à vibrer, frémir et trembler face à cette histoire d’amour apparemment douloureuse et poignante. Je me suis sentie flouée sur toute la ligne, trompée sur la marchandise de bout en bout tant le roman ne m’a procuré qu’une seule sensation : l’ennui.

Bien peu d’émotions se dégagent de ce roman où l’amour est, je pense, trop intellectualisé, disséqué, discuté…pour parvenir à toucher le lecteur. La sensualité n’est guère au rendez-vous non plus. C’est surtout une certaine crudité du langage qui l’emporte dans les scènes d’amour.

Sorte de Jules et Jim inversé (et transposé dans les eighties) où deux jeunes hommes s’aiment passionnément avant de rencontrer et de tomber amoureux successivement de la même femme (déjà, cet état de fait semble bien peu crédible, le monde est petit, tout le monde se connait à Paris dans les milieux du spectacle, certes, mais quelle est la probabilité pour que deux anciens amants tombent amoureux fous l’un après l’autre de la même femme en l’espace de quelques mois ?). Du coup, ces deux histoires d’amour semblent artificielles.

Surtout que le thème de la quête de l’identité sexuelle des personnages masculins du roman n’est que survolé par Sophie Avon, pas assez fouillé ni analysé selon moi. Il est un peu fort de café, que deux jeunes hommes à priori attirés par les garçons deviennent subitement hétérosexuels (ou presque) en tombant amoureux de la même jeune fille ! mais soit, admettons que cela s’explique par le climat libertaire du début des années 80 et passons. Cependant, j’aurais vraiment apprécié que l’auteure nous montre le cheminement intérieur et intime des personnages masculins du roman. Un jour, ils aiment un garçon, le lendemain une fille. Cela manque d’une certaine réflexion sur l’identité sexuelle, le processus amoureux concernant les deux jeunes hommes n’est pas assez explicité. Les personnages ont l’air de changer de sexualité comme on change de chaussettes comme ça brusquement.

Au détour d’une phrase, Alexandre qui, bien que très amoureux, ne parvient pas pendant des semaines à exprimer charnellement son désir pour sa compagne, réussit subitement à faire l’amour avec elle comme ça, sans que rien ne laisse entrevoir le processus amoureux ou même mental intervenu dans l’esprit du jeune homme ! C’est un peu trop facile et j’ai trouvé que l’auteure avait trop tendance à user de ce genre de pirouettes pour se sortir des ornières narratives de son intrigue. C’est dommage.

Je ne demandais pas une étude de mœurs sur les années 80 mais une immersion partielle dans l’esprit des personnages masculins n’aurait pas été superflue. J’ai également été surprise que Sophie Avon n’évoque pas le début des années Sida (ici, les personnages n’utilisent pas de protections ce qui laisse penser que les premiers ravages de la maladie n’ont pas encore fait parler d’eux).

Autre souci majeur : les personnages sont bien peu attachants. Ils m’ont semblé préfigurer ce qui allait devenir le « bobotisme » des années 2000, tant ils semblent élitistes et regardent l’existence et les gens de haut comme s’ils étaient supérieurs à tous et à tout. Résultat, eux non plus ne sont pas parvenus à m’émouvoir un iota.

La très belle écriture de Sophie Avon ne parvient pas à sauver l’ensemble où trop de longueurs viennent décourager le lecteur. Quelques instants surnagent parmi l’océan de bavardages et de références culturelles qui s’écoule entre les pages de cet ouvrage.

Au final, je n’ai pas apprécié cette lecture et je suis déçue. Je m’attendais à un beau roman plein de frémissements, de passion et d’intensité et j’ai trouvé à la place un roman parfois ennuyeux, dénué d’émotions et empli de personnages désincarnés et agaçants.

Je garderai de ce livre la vive sensation d’une déception latente. Comme quoi, une couverture attirante est parfois trompeuse, mieux voir revoir Jules et Jim de Truffaut ou sur un sujet assez similaire le très joli film d’André Téchiné : Rendez-vous.

Chronique de Kitsune Reveline 

Les amoureux, Sophie Avon, Mercure de France,  EAN 978-2715233041


Sonia tomba amoureuse violemment et sut qu’elle n’avait jamais aimé comme ça, avec cette inquiétude et cette joie. Mais elle sut très vite que ce garçon-là, elle devrait le conquérir. Et c’était la première fois qu’elle se donnait tant de mal pour un individu disposé tout à la fois à la combler et à la décevoir. Début des années 80. Sonia, à peine dix-huit ans, a quitté sa ville de Bordeaux pour monter à Paris suivre des cours de théâtre. C?est sur scène qu?elle veut s’épanouir. Lorsqu?elle rencontre Alexandre, elle prend immédiatement conscience de la fulgurance du sentiment qui l’assaille. Avec la fougue de la jeunesse, elle se jette à corps perdu dans cette relation… Mais Alexandre et Sonia ne sont pas égaux devant l’amour : Alexandre est aussi attiré par les garçons.



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