L’escalier de Jack de Jean Cagnard

L’escalier de Jack de Jean Cagnard

L’escalier de Jack  est le troisième livre de la rentrée littéraire que je découvre et le deuxième grâce aux Chroniques de la rentrée littéraire. J’ai beaucoup aimé mes deux premières lectures (Dieu n’est même pas mort de Samuel Doux et Apparences de Gillian Flynn) et c’est en tout confiance que je me suis lancée dans une troisième découverte dont la quatrième de couverture m’avait tant attirée notamment par cette phrase qui évoque une sorte de pouvoir de la littérature « Soudain les livres entrent dans votre vie, et c’est la révélation ».

Nous sommes dans les années 70, le narrateur dans un premier temps énumère les différents boulots souvent peu intéressants qu’il a pu essayer dès qu’il était en âge de travailler, refusant la stabilité dans un emploi ou l’idée de monter en grade, ce qui inquiète bien ses parents : à 8/9 ans il vendait des moulages en plâtre sur le marché (l’argent revenant au curé), un an plus tard il récoltait des larves pour le vendeur du magasin de pêche, à 13 ans il récupérait des pommes de terre « oubliées » dans un champ après la récolte pour ses parents, plus tard il cherchait à récupérer de la ferraille pour la revendre, a fait partie d’une équipe de basket, est resté des heures courbés au soleil, bottes aux pieds, pieds dans l’eau à découper des ronds de vase pour y récupérer les vers qui se cachent en dessous, travaillé dans une écurie, une usine de ciment, une autre de grille-pain et de rôtissoire et la liste est encore longue. Tout cela l’amène au fur et à mesure à la découverte de la littérature qui prend alors une place essentielle dans sa vie d’abord grâce à la bibliothèque de ses parents dans laquelle on retrouve des classiques : L’attrape-cœurs de J.D. Salinger, L’étranger de Camus ainsi que La peste, L’arrache-cœur ou L’écume des jours de J.-P. Sartre ou grâce à une jeune femme qui lui offrira un livre d’Allen Ginsberg.

Le livre est divisé en cinq parties, elles-mêmes subdivisées en chapitres plus ou moins courts. La narration est originale puisque l’auteur préfère utiliser la deuxième personne du pluriel : « vous » : volonté de mise à distance, ou propre interpellation de l’auteur qui semble nous livrer ici un parcours autobiographique ?

En tout cas, certainement une envie d’emmener plus profondément le lecteur dans la découverte du livre, l’invitant à vivre et à ressentir les choses comme lui a pu le faire.

Et c’est bien là l’une des premières difficultés qui m’a empêchée de me perdre dans ce livre. Je n’aime que rarement l’utilisation de la deuxième personne (moins encore au singulier qu’au pluriel : j’ai toujours l’impression avec le « tu » que l’on souhaite m’obliger à faire quelque chose, sentiment un peu moins fortement ressenti avec le « vous », comme si on me laissait plus le choix) et n’arrive que peu souvent à m’identifier au personnage ou à faire un bout de chemin avec lui (il me perd souvent avant la fin).

Ensuite, si j’ai pris du plaisir à lire les premières pages pendant lesquelles nous sont décrits les premiers boulots du narrateur (avec souvent finesse et drôlerie et de plus en plus de poésie), je m’en suis lassée : j’avais l’impression de ne lire qu’une liste interminable, un inventaire qui m’a donné l’impression que le seul but dans cette partie était de noircir les pages blanches. La succession des chapitres pourrait donner une certaine dynamique mais elle est devient complètement caduque par la lourdeur de cette énumération.

En résumé, c’est un livre que j’ai eu beaucoup de mal à lire et à finir. Ce n’est pas pour autant que je vous le déconseillerai, certains passages sont très beaux à lire et l’écriture est poétique. Je pense simplement que c’est un style et une narration avec lesquels je ne parviens pas à être touchée. 

Chronique d’Eulimène 

L’escalier de Jack, Jean Cagnard , Gaïa Editions,  ISBN: 978-2-84720-261-8

Quatrième de couverture :

« Et vous, que vouliez-vous faire quand vous étiez petit ? Qui rêviez-vous de devenir ? »
De moulages en plâtre vendus pour le compte du curé au trafic de métaux transportés dans la carriole maternelle, vous décou­vrez que certaines activités sont rémunératrices. D’autres moins.
Dans une ville du nord normand, les usines dessinent de drôles de poèmes dans le ciel, et aliènent les travailleurs tout en nourrissant les familles. Les années 70 fleurissent, vous prenez la route, guitare en bandoulière. De petits boulots en petits boulots, vous éprouvez une affection tout en retenue pour le salaire minimum interprofessionnel de croissance. Gagner plus ? Pas de ça chez vous !
Soudain les livres entrent dans votre vie, et c’est la révélation. Comme si, plutôt que de gravir les échelons, mieux valait dévaler les escaliers.



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