Pour seul cortège de Laurent Gaudé

Pour seul cortège de Laurent Gaudé

Laurent Gaudé, pour moi, c’est la valeur sûre ; l’assurance que, quelle que soit l’histoire racontée, la puissance des mots va m’emporter. Et encore une fois, ce fut le cas.

Lors d’un banquet, à Babylone, Alexandre le Grand s’écroule, victime d’un empoisonnement semble-t-il. Commence alors son agonie mais également le retour d’une femme, celui d’un messager et le départ de guerres intestines pour sa succession.

Procédé récurrent chez l’auteur, les voix se croisent et s’enchevêtrent sans vraiment de règle, d’un paragraphe à l’autre. Les voix d’Alexandre, Dryptéis et Ericléops, le fidèle messager, vont donc se mêler et constituer le sel de ce roman. Roman porté par le souffle épique de son style, par une sorte de puissance d’outre-tombe, dans un récit où même morts certains nous parlent encore. Jusqu’au bout, il faudra accompagner le cadavre d’Alexandre, le protéger et le mener vers sa dernière demeure. Mais sur ce cadavre déjà pourrissant, les enjeux sont énormes et tous veulent une part ; oubliant les promesses, décimant tout obstacle.

L’entrée dans le roman n’est pas aisée cependant, un peu comme si l’auteur faisait de ses romans des sortes de sanctuaires. Le style y est travaillé à l’extrême (bridant parfois l’émotion remarqueront certains), l’alternance des voix assez aléatoire ; et le lecteur doit se montrer attentif s’il veut ne pas être abandonné dans les méandres de la narration. Néanmoins, Laurent Gaudé parvient à rendre à cet épisode antique, dans un roman en prose, le souffle antique comme on l’aurait attendu de grands tragédiens classiques. La voix féminine de Dryptéis adoucit quelque peu la violence et le sang qui jalonnent les pages de ce roman.

Avec ce roman, on retrouve le Laurent Gaudé de La mort du roi Tsongor et on ne peut que s’en réjouir.

Chronique de Stéphie de Mille et une pages.

Pour seul cortège, Laurent Gaudé , Actes Sud,  ISBN 978-2-330-01260-1

Quatrième de couverture :

En plein banquet, à Babylone, au milieu de la musique et des rires, soudain Alexandre s’écroule, terrassé par la fièvre.
Ses généraux se pressent autour de lui, redoutant la fin mais préparant la suite, se disputant déjà l’héritage – et le privilège d’emporter sa dépouille.
Des confins de l’Inde, un étrange messager se hâte vers Babylone. Et d’un temple éloigné où elle s’est réfugiée pour se cacher du monde, on tire une jeune femme de sang royal : le destin l’appelle à nouveau auprès de l’homme qui a vaincu son père…
Le devoir et l’ambition, l’amour et la fidélité, le deuil et l’errance mènent les personnages vers l’ivresse d’une dernière chevauchée.
Porté par une écriture au souffle épique, Pour seul cortège les accompagne dans cet ultime voyage qui les affranchit de l’Histoire, leur ouvrant l’infini de la légende.

« ALEXANDRE LE GRAND n’est pas un personnage historique.
Ce n’est pas ainsi que j’ai voulu l’approcher. C’est un maelström, un tourbillon de forces contradictoires. Un mélange saisissant de violence et de beauté, de rêves et de démence. Alexandre n’est pas une figure de nos livres d’histoire, il est bien plus que cela : c’est un mythe, c’est-à-dire une force vivante qui m’intrigue, m’habite, et se déploie dans mon imaginaire.
Avec Pour seul cortège, je n’ai pas voulu proposer au lecteur la reconstitution d’un épisode de notre Antiquité, j’ai voulu embrasser Alexandre. Le roman historique ne m’intéresse pas, parce qu’il corsète la fiction. Le roman historique ne m’intéresse pas parce que je préfère l’éblouissement à la véracité, l’épique à l’exactitude. Je veux être dans la fièvre plutôt que dans le détail, tenter d’insuffler au livre une énergie chamanique plutôt que rester fidèle à la chronique.
Pour seul cortège est un chant à deux voix, celle d’Alexandre et celle de Dryptéis. Au fond, il n’y a que ces deux personnages-là et, au coeur du livre, l’énigme de ce qui les lie. Chacun va offrir à l’autre la possibilité de s’affranchir du temps et du poids de l’Histoire. Ce qui me touche, c’est la vibration de leur parole. Ce qui me touche, c’est leur héritage. J’ai écritPour seul cortège parce que je veux être du côté des cavaliers du Gandhara, ces cinq compagnons qui abandonnent l’Empire pour embrasser l’immensité, ces cinq hommes qui quittent le réel pour plonger dans le mythe et qui le font avec ivresse. »


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