Rose Envy de Dominique de Rivaz

Rose Envy de Dominique de Rivaz

Rose envy, la couleur des lèvres au bord desquelles le roman de Dominique de Rivaz affleure dans un relent de vomissure suave et libératoire. La couleur de la chair, succulente de vie et de souvenirs, le corps de l’autre que l’on aime autant que soi, voilà les lieux de ce roman. Cette saveur sur la langue qui rassure sur la vie qui coule en soi, le sang, Dominique de Rivaz l’ a mis dans ses mots. Elle irrigue son roman de cette sève  qui deviendra poussière.

Dédié à toutes les femmes qui sont des «breathing living tombs», Rose Envy a pour fondement un précédent lointain : celui de la reine Artémisia d’Halicarnasse. Epouse de son frère Mausole, elle décide à sa mort de lui construire l’une des septs merveilles du monde en guise de tombeau, mais fera de son propre corps le mausolée vivant de son amour en buvant les cendres de son mari petit à petit, dans un verre de vin.

Une femme, Smoothie, aujourd’hui, a choisi de perpétuer méthodiquement cet usage d’anthropophagie mortuaire. Elle fut d’abord cannibale d’elle-même, se rongeant de l’intérieur doucement pour souffrir et goûter le plaisir de son sang, de sa vie. Se digérer soi même pour se rendre vivante dans un cycle éternel. Cette habitude, elle l’a prise en pension, en imitant une de ses camarades. Dominique de Rivaz décrit cette scène pronominale et fondatrice. En miroir, l’une, la pensionnaire vaque à sa manducation d’elle-même, l’autre, l’héroïne découvre cette faim de la vie. Insupportable description jusqu’à la nausée, merveille de la littérature qui rend la vie délectable. Le lecteur sentira son coeur remonter à ses lèvres. Là, très exactement,où Dominique de Rivaz a posé le coeur de Rose Envy et probablement le sien.

Puis, l’amour vient et calme l’appétit d’elle même de l’héroïne. Elle a faim de l’Autre, Pierrot. Même si elle conserve l’habitude de se faire un goûter de sa chair, un jardin secret à l’intérieur de sa joue, elle appartient à la vie, elle appartient à Pierrot. Un enfant nait, son ventre ne digère plus, il produit. Eclipse de bonheur, quelques pages.

La mort reprendra tout, l’enfant, puis le mari. L’enfant d’abord. Elle cherchera à le faire revenir en elle, mais ne le trouvera pas. Le mari ensuite. Quand sa faim de lui sera apaisée, elle refleurira.

Le fil narratif n’est rien dans ce texte de Dominique de Rivaz. Les mots nous mordent, nous cajolent, nous font saigner et partager. Bruts, vivants, ils s’incarnent. Un petit miracle où le verbe s’est fait chair.

 

Chronique d’Abeline Majorel

Rose Envy, Dominique de Rivaz, Zoé éditions, ISBN 978 2 88182 2

 

Quatrième de couverture :

Par amour pour son mari défunt, Artémisia choisit de boire ses cendres pour qu’il vive éternellement en elle. Cette histoire d’une reine grecque du IV° siècle avant Jésus Christ bouleverse Smoothie, l’héroine au prénom d’amoureuse de ce récit. Smoothie se ronge depuis toujours l’intérieur de la bouche par ennui , par gourmandise ou par angoisse. A la mort de Pierrot , son grand amour quitte à faire fi de toute décence, elle envisage à son tour de devenir tombeau en consommant ses cendres.

Ce texte, dont l’écriture est comme un seul grand souffle pressé, honteux et effronté, coule comme de la lave.



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