Théorème vivant de Cédric Villani

Le prix Nobel en mathématique n’existe pas, c’est la Médaille Fields qui en tient lieu, donnée tous les quatre ans à un, deux, trois ou quatre mathématiciens de moins de 40 ans. Cédric Villani a eu la MF en 2010. Ce livre est le récit du chemin de travail qui, depuis le 23 mars 2008, a mené l’auteur sur le podium du Congrès International des Mathématiciens à Hyderâbâd, pour recevoir son titre, le 19 août 2010. Chemin de labeur acharné, partagé avec Clément Mouhot, son ancien étudiant, de discussion, de tâtonnement, de rédaction, chemin semé d’embûches : un premier article refusé, mais surtout chemin d’enthousiasme.


« On me demande souvent à quoi ressemble la vie d’un chercheur, d’un mathématicien, de quoi est fait notre quotidien, comment s’écrit notre œuvre. C’est à cette question que le présent ouvrage tente de répondre », écrit l’auteur en matière d’exergue. Voilà un projet parfaitement abouti. Un mathématicien ça bosse, ça court le monde, fait des conférences, noircit des pages pendant des heures en buvant des barriques de thé, ça s’occupe des enfants et d’une épouse, ça marche en rond dans une chambre noire sans parler, ça lit des livres et des articles, ça se remet encore au travail, encore en apprentissage, ça aime les pogos et les punkettes, les araignées et le débat, les amis et les maîtres, les vieux maîtres comme les plus jeunes, les morts et les vivants, même les très vieux morts qui ne meurent pas tout à fait une fois parvenus au faîte de leur œuvre car elle continue sans eux, ça ambitionne de faire partie de la bande des vieux maîtres et ça retourne au travail, ma foi, il y a là du moine, de l’évêque et du musicien, du scribe, de l’artiste et du comptable, du téléphoniste, du rat de bibliothèque et du diplomate, de l’instituteur comme de la diva, un mathématicien ça pense et ça écrit.

Il s’accoquine avec des signes de toutes sortes, cabalistiques et joyeux, élégants, un peu ivrognes à l’occasion, qui foisonnent et se prennent pour des bouquets, zut ! les pages mathématiques de Théorème vivant m’échappent complètement !

Mais les portraits dessinés des mathématiciens et de deux mathématiciennes dessinent une société — il n’y a pas de hasard si ce sont des dessins et non des photos qui donnent à voir des bobines de matheux, car comment aurait-on une photo de Newton, dans la mesure où justement, morts et vivants au royaume des maths sont égaux et à jamais ensemble ?

Société des signes, des égaux et des esprits parvenus un jour à la mathématique supérieure, au fond, c’est difficile à imaginer.

Mais ce livre nous y aide. Sans narcissisme, avec la joie de la découverte, de l’amitié, de la vie comme une aventure. Sans prétention stylistique ni relâchement informatif.

Essayez la double lecture de La Déesse des petites victoires de Yannick Grannec qui cause de Kurt Gödel et de Théorème vivant de Cédric Villani : science et littérature, où comment faire avec nos passions.

C’est vrai après tout : comment faire ?

Y aller.

Chronique de Clarisse Herrenschmidt

Cédric Villani, Théorème vivant, illustrations de Claude Gondard. Paris, Grasset, 282p. ISBN 978-2246798828

Quatrième de couverture :

Théorème vivant est le récit de la genèse d une avancée mathématique. Nous voici emportés dans le
quotidien d un jeune chercheur de talent : un véritable « road-trip », de Kyoto à Princeton et de Lyon à
Hyderabad, dont Villani tient, au jour le jour, le carnet de bord. Entre des échanges enflammés avec son
collaborateur et compagnon de route, quelques refrains de chansons fredonnés au fil des équations et les
histoires merveilleuses que ce père de famille raconte à ses enfants, on suit la lente et chaotique élaboration
d un nouveau théorème qui lui vaudra la plus prestigieuse distinction du monde des mathématiques.
Aux antipodes de l ouvrage de vulgarisation scientifique traditionnel, Théorème vivant est un chant passionné
qui se lit comme un roman d aventures, jalonné de portraits de quelques-uns des plus grands noms de
l histoire des mathématiques et parsemé de vertigineuses équations qui exercent sur le lecteur une
irrésistible fascination.
Avis à tous ceux qui gardent un souvenir cruel de l étude des fonctions et de la résolutiond équations à plus
d une inconnue : Théorème vivant vous réconciliera avec cette science dont Cédric Villani sait comme
personne, par la grâce de sa passion, transmettre la magie, la beauté et la poésie.

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1 comment on this postSubmit yours
  1. Un chronique simple qui me conforte dans cette envie irrésistible de découvrir un parcours hors norme ! Oui, déjà convaincu que ce livre va me plaire, loin des science, un humain lambda, je veux juste ouvrir les yeux, et pourquoi pas comprendre ! :)

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