Autoportrait givré et dégradant d’Anne-Sylvie Sprenger.

« … encore les livres. Comme si on pouvait apprendre à ne plus être seul. »

Ce court roman confronte Paul, qui n’aime pas les mots et renonce à la vie en plongeant dans l’alcool, à Judith, qui voulait renoncer à la vie, mais aime les mots en s’immergeant dans les livres.

Le titre est sulfureux, et la couverture présente une oeuvre d’Annette Messager psychopathe. Hélas le récit ne tient pas vraiment cette promesse. Judith n’est pas franchement givrée et ses actes dégradants restent bien tièdes. La lente dépression et chute annoncée peinent à pimenter cette histoire, qui engourdit le lecteur.

La qualité du récit est à chercher dans l’écriture de Anne-Sylvie Sprenger.

Sa narration minimale, son vocabulaire précis et sobre, ses phrases resserrées sèchent la lecture. Les chapitres sont la plupart du temps très courts, réduits à quelques lignes parfois. Le rythme est imprimé par le silence des pages blanches, souvent la narratrice questionne, on progresse par pallier.

La forme choisie par l’auteure accompagne harmonieusement cette histoire qui dévoile ennui et silence, et anesthésie les protagonistes. Avec habileté, une métaphore poétique récurrente déploie des oiseaux à tous les stades du récit. La nature en un romantisme « absent » incarne les sentiments.

Mais las !, l’ennui du sujet déborde sur la lecture. Le titre promettait une exploration de l’âme humaine plus transgressive et pulsionnelle.

 Autoportrait annoncé, mais refus de l’auto-fiction selon la quatrième de couverture, la pirouette finale est astucieuse. Et ne serait ce titre « accrocheur », que l’attente aurait sans doute été moins déçue. 

Chronique de Christiane Miège

Autoportrait givré et dégradant, Anne-Sylvie Sprenger, Fayard, EAN 978-2213663111

Le fil rouge

Quatrième de couverture :

Petit matin froid de novembre. Judith, fade institutrice de la Capitale, a décidé de mourir. Sur les rails, sous l express qui vient du nord. Au volant de la locomotive, Paul freine à temps. C est la rencontre, le grand salut.
Judith veut vivre avec Paul, réapprendre à aimer avec lui. Il connaît les arbres, les oiseaux. Enfin, la vie commence. Alors elle quitte tout, son travail, sa famille, ses attaches, pour s installer dans une ville perdue.
Mais Paul a un autre visage.
De plus en plus souvent, il s enferme avec sa bouteille. Les disputes s enchaînent, les cris bientôt, les coups aussi. Face à cette maîtresse incontrôlable, Judith perd pied. Pourtant elle reste. Elle a tant besoin d être aimée !
Rien dans cette ville hostile ne sait l apaiser. Surtout pas sa belle-famille, les Jolidon. Cinq femmes aux petits soins du Fiston un gynécée, un poulailler.
Jusqu au scandale, tonitruant.

Anne-Sylvie Sprenger fait le récit d une double dérive : un homme plein de dénis noie ses silences dans l alcool ; une femme assoiffée d amour se laisse séduire par la folie. Tragédie grotesque et critique de l autofiction, Autoportrait givré et dégradant explore aussi, dans ce contexte, la responsabilité d être mère.

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