Fermeture éclair de Carl Aderhold

En ouvrant ce roman, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. La quatrième de couverture laissant augurer d’un drame social (la fermeture brutale d’une usine) mâtiné d’humour et d’une belle leçon d’espoir. J’avoue que j’étais assez inquiète de devoir me lancer ainsi dans l’inconnu et surtout du ressenti négatif que je pourrai avoir éventuellement sur le livre après avoir eu une expérience malheureuse par le passé avec un autre ouvrage de Carl Aderhold (Mort aux cons) que j’avais abandonné après seulement quelques chapitres tant l’humour ne m’emportait pas comme on me l’avait pourtant promis et tant le style de l’auteur me déplaisait. Et pourtant, j’ai une sainte horreur d’abandonner un livre en cours de route…

J’étais donc anxieuse de la critique négative que peut-être j’aurai à écrire sur ce livre mais surtout assez angoissée à l’idée de ne pas pouvoir le lire jusqu’au bout peut-être.

Alors, qu’en est-il finalement ?

La couverture à la fois colorée et décalée avec ses casques de chantier multicolores pouvait faire songer à un roman léger et humoristique de même que le titre en forme de jeu de mot « Fermeture éclair » qui donne immédiatement le ton du nouveau roman de Carl Aderhold. Mais cet ouvrage à mi-chemin entre le drame et la comédie sociale est empli de bien plus de gravité qu’il n’y parait de prime abord ou que la quatrième de couverture promettant une leçon d’espoir semblait le laisser supposer.

Ce qui se remarque dès les premières pages est le rythme soutenu de l’écriture. Les chapitres sont courts, les phrases aussi, les paragraphes rédigés d’un seul souffle sans ponctuation envahissante qui alourdirait la fluidité d’un style qui reste simple et plaisant à lire. L’auteur écrit comme on parle sans fioritures pour faire joli ou tarabiscotage pour faire « écrivain ». Le choix d’intégrer certains dialogues dans le corps du récit accentuant encore davantage le débit véloce du roman. Comme pour la plupart des romans de cette rentrée littéraire, la police de caractère choisie est très grosse mais cela possède l’avantage de rendre la lecture encore plus fluide.

Saisissante et impitoyable est la vision cruellement réaliste que nous donne l’auteur du monde du travail actuel et, en corollaire, de la dislocation d’une usine française en voie de délocalisation dans un pays de l’est, qui s’inspire manifestement d’événements récents comme on en voit hélas trop dans les journaux télévisés, désespoirs, violences et séquestration en tête. L’analyse des rapports entre les ouvriers et les syndicats est pertinente et le fonctionnement d’une entreprise est finement décrypté pour le lecteur lambda, comme moi, peu au fait de leur fonctionnement économique.

La psychologie des personnages est fouillée. Les trajectoires intimes de chacun des protagonistes atteignent leur cible, notre cœur compatissant et nous nous attachons à cette équipe de « bras cassés », de « robin des bois » ivre de vengeance et de ressentiment.

Le cynisme des politiciens et notamment du conseil général de l’Orme qui « récupère » les chômeurs pour exploiter leur misère afin de s’attirer les faveurs de l’opinion publique en les inscrivant à la Coupe du monde de football des chômeurs, atterre et révulse à la fois et c’est dans ce contexte que toute l’ironie de Carl Aderhold a la place de s’exprimer librement. Après tout, n’existe-t-il pas une coupe du monde de football des SDF ? L’auteur n’est donc pas si éloigné que cela du cynisme de notre société occidentale.

Carl Aderhold explore le spectre des conséquences qui découlent de la fermeture brutale d’une usine et de la mise au chômage d’un groupe d’individus emplis tout autant de colère que de fierté et d’espoir. L’occasion est là d’évoquer pêle-mêle les problèmes de couple après plusieurs années de mariage, la crise d’adolescence, la politique hexagonale ou bien encore les difficultés de l’intégration des immigrés…

Je passerai sur l’humour de l’auteur que j’ai trouvé un peu trop graveleux et souvent trop masculin à mon goût et préfère insister ici sur la causticité dont il sait faire preuve au travers de cette histoire de vengeance pire de revanche sur la vie orchestrée par une bande de copains que la trop grande honnêteté fait parfois ressembler aux « pieds nickelés ».

J’avais un peu peur d’un roman trop social qui ne constituerait qu’une longue diatribe contre notre société contemporaine mais au final, avec cette histoire qui n’est pas sans évoquer le formidable film The Full Monty (film britannique où une bande de chômeurs aux abois décident de monter un spectacle de strip-tease pour gagner un peu d’argent), l’auteur nous propose un roman assez corrosif et dans l’air du temps qui se révèle sympathique à lire.

Chronique de Kitsune Reveline

Fermeture éclair, Carl Aderhold, JC Lattès, ISBN 9782709636261

Quatrième de couverture

« Il est des hommes que la beauté des femmes électrise, réveillant en eux l’instinct de possession, d’autres, dépourvus de toute imagination, chez qui elle ne produit qu’une brève oscillation parmi le flux des informations gérées par leur cerveau, et d’autres enfin que ce spectacle tétanise. Ainsi était Laurent. »

Laurent, ouvrier depuis plus de vingt ans dans une usine de pots catalytiques, la Contilis, est brutalement licencié pour cause de délocalisation en République tchèque. A la suite d’une séquestration mouvementée de son patron, il se retrouve seul : sa femme, l’unique amour de sa vie, est partie en emmenant leur fils. Laurent semble alors condamné aux stages inutiles et au chômage longue durée, jusqu’au jour où le Conseil régional lui propose de disputer avec ses anciens collègues la Coupe du monde de football des sans-emplois…

Portrait d’une revanche sur la vie, Fermeture éclair dépeint avec humanité et finesse la fin du monde ouvrier, ses conséquences sociales, mais aussi ses espoirs.

L’auteur

Carl Aderhold est né dans l’Aveyron en 1963. Fils de comédiens, il a poursuivi des études d’histoire avant de se spécialiser dans la littérature du XVIIIe siècle. Il est actuellement directeur éditorial chez Larousse dans le domaine des sciences humaines. L’auteur de Mort aux cons (50 000 exemplaires vendus, toutes éditions confondues) et de Les poissons ne connaissent pas l’adultère (15 000 exemplaires vendus en première édition) signe ici son troisième roman.

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2 total comments on this postSubmit yours
  1. Mort aux cons, refermés dès les premières pages? C’est une blague?
    Ou alors l’idée que la connerie est universelle et malheuresement les cons multitudes ne vous a jamais traversée l’esprit et vous n’avez pas eu envie d’en savoir plus?! Ce livre réconcilie avec la connerie quotidienne et nous fait bien comprendre que c’est surtout notre regard qui juge….
    Bref étrange de confier la critique du dernier Aderhold à un de ses détracteurs est chose étrange!

  2. @Nina : Ce n’est pas parce que c’est un vaste programme, que c’est le programme de tous. Peut être que la lecture de la connerie quotidienne ne dépayse pas assez cette lectrice.
    Sans vouloir me répéter comme vous, je dirai que j’ai confié ce livre à cette chroniqueuse, justement parce qu’il est possible de changer d’avis, ce qui si vous avez bien lu est le cas. Préfèreriez vous que nous ne donnions à lire les livres qu’aux fans des auteurs ? Nous serions ainsi surs de ne pas avoir d’avis objectifs ( dans la limite de la raison bien sur ) et de ne jamais permettre à d’autres la découverte ou la re-découverte d’un auteur.

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