La vérité sur l’Affaire Harry Québert de Joël Dicker

Nous sommes en Amérique, holà ! Un auteur à succès ancien vit dans une maison de rêve auprès de l’Océan dans le New Hampshire, enseigne à l’Université du coin, pas trop loin de Harvard mais l’Université n’est pas du même niveau, c’est lui l’anti-héros (écrivain pas respectable qui a fait un tabac littéraire il y a trente ans avec son Origine du Mal) pour lequel le héros (écrivain respectable qui a déjà fait un tabac en littérature tout récent et qui n’arrive plus à écrire) se bat, car on accuse le vieux.

Bref tout se passe en Nouvelle Angleterre, polie, policée, un peu bégueule où l’on s’ennuie à 100 sous de l’heure et qui guigne sur New York par dessous, la ville perdue, qui guigne sec tous les people possibles ; dans une bourgade, l’écrivain pas respectable (holà ! il a aimé une fille de 15 ans quand il en avait 34, dont on trouve le cadavre très usé trente trois ans après dans son jardin) a des secrets, cet homme, et il faut attendre la page 636 pour comprendre l’ultime secret, je vous cache l’Affaire dans ses replis ! Son ex étudiant, un bleu en matière de tout, un total bleu, se lance dans la recherche de la vérité et la rédaction d’un best-seller.

Un rythme épuisant – après un début assez tranquille — rebondissements, hypothèses, aveux, assassinats, victimes, pasteur, feu, secte, violence parentale, psychose infantile, mère juive, fellations, il y a tout et le reste. On pense aux Sorcières de Salem : car la jeune fille de 15 ans, un ange de bonté, hé bien, elle en fait des choses — et l’auteur nous dit qu’il faut y penser. Une langue sèche, sans faute, structurée par une ponctuation abondante (points d’exclamation, d’interrogation, de suspension), assistée par typographie et mise en page (corps, retraits), sert admirablement ce projet de « littérature américaine ». C’est pour cela qu’il FAUT penser aux Sorcières de Salem, bien sûr – « littérature américaine » hexagonale, à double fond. Mais en vérité, on s’amuse énormément et de plus en plus au fil des pages.

On rit des échanges entre le fils écrivain respectable et sa mère – évidemment c’est un peu attendu mais aussi très enlevé — ne boudons pas les plaisirs au ennième degré. On rit des citations du best-seller de l’auteur pas respectable qui a fait un gros ancien tabac : « Ma chérie, Comment pouvez-vous dire que je ne vous aime pas ? Voici pour vous des mots éternels qui viennent du plus profond de mon cœur…Des mots pour vous dire que je pense à vous tous les matins quand je me lève, et tous les soirs quand je me couche.» On rit des conseils littéraires du vieil auteur qui a fait un tabac pas respectable au jeune respectable, « Le dernier chapitre d’un livre doit toujours être le plus beau ». On rit des personnages qui sont des images d’images, l’avocat, l’éditeur qui fait la pub d’un livre inexistant, la femme hystérique, on rit même des hésitations morales de l’écrivain respectable qui a fait un tabac littéraire récent et qui n’arrive plus à écrire — sauf qu’il le pond, son best-seller ! Pour la vérité, rien que la vérité, pas pour l’argent, seulement pour trouver l’amour, l’AMOUR, sinon rien ne marche, mon cher enfant, si vous ne faites pas les choses par amour votre vie n’aura aucun sens…

Voilà, vous l’avez son best-seller, et avec le double sens de la littérature et le tiers indispensable au sens des choses et le quart sens qu’il vous arrivera de capter par après la lecture en riant enfin de vous même !, vous avez assisté à la mise en abîme de la vérité dans le grand cirque américain de la littérature mais ce n’est pas ça en Europe !, d’ailleurs vous y êtes au fond de la valise que va couper en deux l’auteur avec sa scie et son grand turban et ses points d’exclamation, mais oui, la littérature pour respirer, là voilà !

Chronique de Clarisse Herrenschmidt 

Joël Dicker, La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, Paris, Éd. De Fallois / L’âge d’Homme, 670 pages. ISBN 978-2877068161

Quatrième de couverture :

À New York, au printemps 2008, alors que l’Amérique bruisse
des prémices de l’élection présidentielle, Marcus Goldman,
jeune écrivain à succès, est dans la tourmente : il est incapable
d’écrire le nouveau roman qu’il doit remettre à son éditeur d’ici
quelques mois.
Le délai est près d’expirer quand soudain tout bascule pour
lui : son ami et ancien professeur d’université, Harry Quebert,
l’un des écrivains les plus respectés du pays, est rattrapé par son
passé et se retrouve accusé d’avoir assassiné, en 1975, Nola
Kellergan, une jeune fille de 15 ans, avec qui il aurait eu une
liaison.
Convaincu de l’innocence de Harry, Marcus abandonne tout
pour se rendre dans le New Hampshire et mener son enquête.
Il est rapidement dépassé par les événements : l’enquête
s’enfonce et il fait l’objet de menaces. Pour innocenter Harry et
sauver sa carrière d’écrivain, il doit absolument répondre à trois
questions : Qui a tué Nola Kellergan ? Que s’est-il passé dans le
New Hampshire à l’été 1975 ? Et comment écrit-on un roman
à succès ?
Sous ses airs de thriller à l’américaine, La Vérité sur l’Affaire
Harry Quebert est une réflexion sur l’Amérique, sur les travers
de la société moderne, sur la littérature, sur la justice et sur les
médias.

Joël Dicker est né à Genève en 1985. La Vérité sur l’Affaire
Harry Quebert est son deuxième roman. Il y dépeint une
Amérique qu’il connaît bien pour y avoir beaucoup voyagé et
longuement séjourné.

Voter : 1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars
Loading ... Loading ...

Votez pour soutenir ce livre pour le Grand Prix Littéraire du Web
Submit your comment

Please enter your name

Your name is required

Please enter a valid email address

An email address is required

Please enter your message

A propos

Chroniques de la rentrée littéraire est un défi lancé par le monde du livre à la blogosphère littéraire :
chroniquer une majorité des parutions romanesques de l’année.
En regroupant 300 bloggeurs
littéraires, Chroniques de la rentrée littéraire est un intermédiaire permettant à chaque livre d’être lu
par au moins un lecteur expert, en toute liberté de ton.

Chroniques de la rentrée littéraire © 2014 All Rights Reserved