Les oubliés de la lande de Fabienne Juhel

Fabienne Juhel est une auteure très maligne, qui nous propose avec finesse et intelligence un récit inclassable et envoûtant.

Entre le conte philosophique, l’évocation mystique, et le talisman superstitieux, ce roman promène son lecteur en distillant suspense et émerveillement. Avec la mécanique de précision d’une horloge et la poésie des légendes, un trou noir spatio-temporel appelé le « land of no death » ainsi que ses habitants d’apparence paisible, voient l’apocalypse se dessiner à l’horizon.

Le livre refermé, le lecteur songera, que le temps ne se mesure pas « simplement » à cet écoulement variable qui va de notre naissance à la mort.

Dans une écriture raffinée aux métaphores étonnantes, et grâce à un vocabulaire choisi tour à tour élégant et cru, scientifique et poétique, Fabienne Juhel souffle le chaud et le froid sur ses thèmes inquiétants ou consolateurs. L’immortalité, la superstition, la démocratie, la mort, le cannibalisme graduent le suspense de la narration et chaque chapitre complique un peu plus une mécanique, dont on cherche l’horloger derrière « la grande faucheuse ».

Les descriptions de la nature sont « merveilleuses », bien que les verdoyances de la fable cauchemardent. Et de constater que la végétation et les animaux d’un nature paradisiaque ne protègent pas de l’enfer.

Les titres de chapitres ciselés chantent la comptine grinçante d’un mauvais augure. Quelques référence littéraires et cinématographiques pigmentent le récit comme autant d’univers parallèles : Garcia Marquez, Rimbaud, ou les westerns.

Il est constamment question de la mort chez « les oubliés de la lande ». La narratrice observe et tournoie dans le « land of no death », qu’elle nous offre au gré des pensées de chacun, sans jamais enfermer son récit en une seule explication. Sa mécanique de précision et sa verve naturaliste, ajoutés à la profondeur des thème apaisent régulièrement le lecteur tendu. Et comme le dit judicieusement Fabienne Juhel :

« Le problème n’est pas la mort mais le temps ».

 Celui de cette lecture enchanteresse échappe au réel.

Chronique de Christiane Miège

Les oubliés de la lande, Fabienne Juhel, Le Rouergue, ISBN-13: 978-2812603860

Le fil rouge : 

Quatrième de couverture :

C’est un endroit si isolé qu’aucun chemin n’y mène. Une contrée sauvage qu’aucune carte ne mentionne. C’est un village sans nom. Un trou noir. Ils sont une trentaine à vivre là, oubliés dans la lande. Tous ont une bonne raison de s’y être réfugiés. Il y a ceux qui craignaient la mort. Ceux qui ne pouvaient imaginer leur vie sans l’homme qu’ils aimaient. Et les autres, aux motivations moins avouables.
Mais cette quiétude éternelle va être foudroyée, le premier jour de l’été. Tom, l’unique enfant de la communauté, fait une découverte macabre : le corps d’un inconnu, aux portes du village. Il a déjà été témoin d’autres événements inexplicables. Quelqu’un aurait-il réveillé les vieux démons ?
Dans son cinquième roman, Fabienne Juhel mène l’enquête avec une redoutable efficacité, fouillant le passé de chacun de ses personnages pour en dévoiler les plus funestes secrets. Roman à suspense, Les Oubliés de la lande nous offre une remarquable réflexion sur le sens de la vie, ce temps compté qui donne tout son prix aux instants vécus.

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