La petite Borde d’ Emmanuelle Guattari

La petite Borde d’ Emmanuelle Guattari

Découpé en 2 parties sur 140 pages et quelques 22 chapitres, le texte d’ Emmanuelle Guattari porte la mention roman sur la couverture. Mais faut-il considérer comme un roman « La petite Borde» ? Ou plutôt le sujet du roman tel que décrit – rendre compte du point de vue d’un enfant de l’expérience utopique de la psychologie institutionnelle in situ – est il pleinement traité et a t il en l’état un intérêt pour le lecteur?

Vingt deux anecdotes, un récit de la liberté de parole et de circulation dans un établissement mythique, la Borde, où la distinction entre soignants et fous est gommée. Un autre rapport à l’humanité décentré, tel que l’avait pensé Foucault et Guattari, une utopie humaniste dans laquelle les enfants s’épanouissent aussi bien qu’ailleurs, voire mieux, voilà ce qu’Emmanuelle Guattari tente de nous raconter.

Humain, trop humain, ces épisodes nous disent la joie, l’insouciance et la réconciliation des êtres qui peut naitre quand la parole circule librement. Chaque lieu porte une majuscule comme pour en signifier la portée générique, chaque chapitre est un évènement s’attachant à la résolution d’un problème humain, sans morale ni explication. Emmanuelle Guattari retrace le parcours créateur de raison de son enfance, avec admiration pour ce père dévoué à tous, et regrets envers sa mère mélancolique et disparue ‘ comme une bulle de savon’ . L’auteur fait même montre d’un certain talent pour évoquer avec pudeur et un minimalisme très ‘nouveau roman’ ses souvenirs.  Ce sont de petites pépites de raison joyeuse et pourtant ….

Pourtant l’on ne peut s’empêcher de penser que si la parole a circulé, elle s’est éclatée et a volé en éclats face à l’ambition du texte romanesque. Bien sur, nous ne sommes pas dans un traité de psychiatrie ou un essai philosophique sur les vertus de l’ouverture face à l’enfermement. L’ambition n’est pas là, d’autres l’ont fait mieux qu’elle. Donc, cela doit être un roman. Petites scènes de la vie quotidienne, compilées, thématisées : d’autres l’ont aussi fait avec succès. Emmanuelle Guattari ne commet pas l’erreur de chercher la voix de l enfant pour décrire ce qu’elle fut, tout juste se laisse t elle aller à fantomiser son père, comme pour rappeler sa présence écrasante sur le lieu. Mais éparses, sans lien autre que le lieu, ces vignettes créent un aperçu pointilliste du lieu. Elles ne s’incarnent pas, elles se localisent. Cela suffit il pour en faire un roman ?

‘La petite Borde’ est une recueil kaléidoscopique de souvenirs d’enfance d’Emmanuelle Guattari. Il n’a pas d’unité, si ce n’est celle théâtrale du lieu.  Pour être uni, il faut être lié et c’est ce liant qui manque pour en faire un roman, pour construire un arc narratif tendu évidemment vers la démonstration de l’exemplarité de cette enfance.  A la Borde l’on apprenait à mieux être en société par la pratique, dans « la petite Borde» on apprend rien de mieux, on ne partage pas plus.

 

Chronique d’ Abeline Majorel 

 

La petite Borde, Emmanuelle Guattari, Mercure de France,ISBN 9782715232921

 


Emmanuelle Guattari – La petite Borde par Librairie_Mollat

 

 

Quatrième de couverture :

On était ceux de La Borde. Dans le village de Cour-Cheverny du début des années soixante, la Clinique constituait encore une présence fantastique. La peur des Fous était tangible. Elle nous a sensiblement mis dans le même sac, une bande de drôle de loustics qui laissaient des fous circuler dans un parc sans barrières et vivaient avec eux. Nous savions que les Pensionnaires étaient des Fous, évidemment ; mais La Borde, avant tout, c’était chez nous. Les Pensionnaires, on disait aussi les Malades, n’étaient ni en plus ni en moins dans notre sentiment. Ils étaient là et nous aussi.

Fondé en 1953, l’établissement de La Borde, est célèbre dans le monde de la psychiatrie. Cette clinique hors normes entendait rompre avec l’enfermement traditionnel qu’on destinait aux malades mentaux et les faire participer à l’organisation matérielle de la vie collective. Ce lieu doit beaucoup à Félix Guattari, psychanalyste et philosophe qui codirigea la clinique jusqu’en 1992.
Quand on habite enfant à La Borde parce que ses parents y travaillent, l’endroit est surtout perçu comme un incroyable lieu de liberté : un château, un parc immense, des forêts et des étangs. À travers une série de vignettes et par touches impressionnistes, Emmanuelle Guattari évoque avec tendresse son enfance passée dans ce lieu extraordinaire où les journées se déroulent sous le signe d’une certaine fantaisie.

La petite Borde est le premier roman d’Emmanuelle Guattari.



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