Après la vague d’Alexander Key

Après la vague d’Alexander Key

Tel Robinson sur son île, Conan, seul au milieu de l’océan, n’a pour seule compagnie que quelques oiseaux marins, dont Tikki, la sterne aux ailes fines qui tournoie à ses côtés. Depuis le Changement, ce jour où les armes magnétiques employées par les deux belligérants, ont dévasté la planète en engloutissant villes et continents sous les eaux, Conan a survécu sur son îlot. Ces débuts marins et exotiques laissent vite place à une réalité brutale. Le monde s’est reconstitué, l’Ordre Nouveau, succédant à l’Union pour la Paix, contre High Harbor. Chaque camp essaye de survivre, l’un par une société totalitaire, l’autre dans une anarchie où les jeunes, livrés à eux-mêmes, vivent en sauvages. Voici Conan sauvé, ou plutôt capturé, par l’un des rares navires encore état de fonctionnement de l’Ordre Nouveau. Arrivera-t-il à rejoindre High Harbor et son amie Lanna. Le professeur, vieil homme qui avait annoncé la vague dévastatrice, sera-t-il retrouvé ? Parviendra-t-il à sauver une nouvelle fois l’humanité en avertissant les survivants des deux camps qu’un tsunami se prépare et qu’une nouvelle vague menace ?

Alexander Key, auteur de romans de science-fiction, nous livre, en 1970, un livre profond sur la nature humaine, sur l’ordre et le totalitarisme et sur l’anarchie sauvage où règne le plus fort. Même la télépathie, unique moyen de communication qui subsiste entre le Professeur et la famille, ne ressort pas ici du fantastique mais d’une réflexion sur la communication et la relation. La question de Dieu, ligne de fracture entre l’athéisme de l’Ordre Nouveau et la foi du Professeur et ses amis de High Harbor, reste discrète mais fondamentale, associée à ses deux corollaires : la Providence, présentée ici comme la Voix, qui assiste l’homme, et la mission que l’homme doit remplir. Enfin, l’analyse, à travers les yeux du Professeur, du système totalitaire de l’Ordre Nouveau est à la fois sans complaisance et pleine de nuances. La finesse du regard posé par le sage, incarné par le Professeur, permet de comprendre pourquoi ce régime s’est constitué et comment, tout en privant ses citoyens de liberté notamment à travers le développement d’une foi quasi-religieuse envers le système, il parvient à assurer la survie matérielle d’Industria, ville dévastée et en partie engloutie.

La traduction est alerte et de bonne facture. La tension narrative est réelle et le lecteur a plaisir à cheminer d’aventure en aventure en s’attachant à Conan et au Professeur, à Lanna, à Mazal et à Shann, le médecin, figures des justes au cœur de la violence qui surgit de toute part. Sans oublier le Docteur Manski, aveuglée par sa foi en l’Ordre Nouveau, qui finira peut-être par entendre murmurer la voix et par accéder à la liberté intérieure d’où pourra jaillir son intelligence et sa bonté.

 

Chronique de Pierre

 

Après la vague, Alexander Key, Aux forges de Vulcain, ISBN : 9782919176038

 

Quatrième de couverture :

Après de longues années de guerre et un cataclysme, le monde occidental est détruit. A 17 ans, Conan est un rescapé qui vit sur un îlot depuis cinq ans lorsque l’arrivée d’un bateau arborant le pavillon ennemi vient rompre sa solitude. Emmené contre son gré, Conan découvre la ville de l’Ordre nouveau, Industria, dans laquelle sa force physique et son intelligence le destinent à la condition d’ouvrier. Cependant, Conan refuse de se soumettre à la hiérarchie sociale d’une cité dont il exècre le fonctionnement totalitaire. Mû par son esprit d’indépendance et son désir de retrouver les siens à High Harbor, une petite cité qui résiste tant bien que mal à la suprématie de l’Ordre nouveau, il trouve l’aide nécessaire pour planifier sa fuite.

Publié en 1970, ce roman est à l’origine de la série animée de Hayao Miyazaki, Conan, le fils du futur.

« Les cris des oiseaux marins, ses seuls amis, et les petits galets qu’ils laissaient tomber sur sa hutte, tirèrent Conan du sommeil dès l’aube. A quatre pattes, il sortit précipitamment, et courut jusqu’à la plage étroite, persuadé qu’un banc de poissons s’était aventuré dans l’un de ses pièges. Les oiseaux le prévenaient toujours de cette façon lorsque le poisson était pris au piège, mais il ne tarda pas à découvrir que ceux-ci étaient vides, et les mouettes et les sternes continuaient de tournoyer à ses côtés, en poussant de grands cris. Qu’essayaient-ils de lui faire comprendre ? »

Alexander Key (1904-1979) était un romancier américain, auteur de nombreux livres de science-fiction à destination de la jeunesse.



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