Personnages secondaires d’ Alejandro Zambra

Personnages secondaires d’ Alejandro Zambra

« Les mots te protègent. Tu cherches des phrases, tu cherches des mots … »

« Lire, c’est se cacher le visage. Ecrire, c’est le montrer. »

« Bien qu’on veuille raconter l’histoire d’autrui, on finit toujours par raconter sa propre histoire. »

Tout commence sous une dictature : une petite fille demande à son ami plus jeune qu’elle de suivre un homme, puis de lui faire des rapports détaillés. Le point de vue utilisé est celui du personnage candide, du naïf. Celui d’un enfant de neuf ans qui ne comprend pas l’intérêt de suivre un homme, mais qui le fait tout de même pour plaire à Claudia, sa grande amie.

La période est trouble : Pinochet est au pouvoir et « les grands » jouent à un autre « jeu » que ces deux enfants. Ils ne jouent pas, d’ailleurs …

« Le Chili est un champ de bataille et il le restera. »

Cette première partie racontée du point de vue d’un enfant pose alors un regard distancié sur cette période. Que perçoit un enfant d’une dictature, de cette période où tout le monde traque son prochain ? Comment « un personnage secondaire » pourrait alors devenir une pièce maîtresse de ce qui se trame au-dessus ?

Les mots s’enchaînent alors en un véritable flot. Les pensées du quotidien s’accumulent sans réel lien logique entre elles. On pense alors à ces romans qui ne racontent qu’un quotidien désincarné, sans réelles couleurs intéressantes.

La deuxième partie s’ouvre sur un autre débat. Le jeune garçon est alors devenu écrivain. Il a en tête de nombreuses pensées sur la création littéraire et sur ses imbrications avec le réel.
Qui sont réellement les personnages crées dans un récit ? Quelle est la part du moi ? N’est-ce pas moins compliqué d’être un personnage secondaire ?
Et la littérature dans tout ceci n’existe-t-elle pas pour éclairer ces zones d’ombre qui peuplent mon enfance ? Vais-je pouvoir y trouver des réponses à mes questions ?

Le roman entraîne alors le lecteur vers l’histoire des hommes. La petite, celle qui s’est construite dans l’ombre de la grande. Un peu comme ces personnages secondaires obligés de se créer malgré des personnages plus charismatiques.

Pourtant, le lecteur s’en rendra bien compte : chacun a son moment de gloire, ou d’amour, c’est selon. Le tout est de savoir le saisir quand il se présente.

Un roman assez atypique puisqu’il nous emmène vers les berges de la création littéraire, une mise en abyme intéressante qui poussera le lecteur à s’interroger sur la place de l’autre dans ce monde.

Chronique de Leiloona

 

Personnages secondaires, Alejandro Zambra, L’olivier, EAN 978-2879298627 , traduit par Denise Laroutis

Quatrième de couverture :

Dans les années 80, à Santiago du Chili, un enfant de neuf ans accepte de jouer les espions pour plaire à une petite fille. Il note les allers et venues d’un homme, puis livre son rapport détaillé. Il se prend au jeu. Sans le savoir, le jeune garçon reproduit la dictature en miniature. Plus de vingt ans après, un écrivain qui a lui aussi connu cette époque s’interroge sur sa propre enfance : était-ce si étrange de vivre sous Pinochet ? Que pensaient véritablement ses parents de la répression ? Et lui, qu’a-t-il à dire, au-delà des versions officielles ? Peut-on se construire sur des silences ? Personnages secondaires est un « antiroman historique ».
Loin des grandes fresques politiques, Zambra s’intéresse à cette part immobile de l’Histoire, à ces gens qui ont mené une existence en apparence paisible en pleine dictature, à tous ceux qui regardent le monde en spectateur passif. Mêlant deux récits en écho, ce texte est une réflexion singulière sur la grande Histoire mais aussi sur sa place dans la création littéraire. Fidèle à ce regard de biais qui est sa marque de fabrique depuis Bonsaï (Rivages, 2008), Zambra nous offre un roman subtil et mélancolique.



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