Chardin, la petite table de laque rouge d’ Alice Dekker

« Je n’ai eu d’autre désir que de faire naître le sentiment grâce à des volumes, à des couleurs et a des formes. Toucher, émouvoir, attendrir, révéler à chacun, l’ignorant comme le connaisseur, la poésie qui frémit dans les choses les plus humbles, dans les scènes les plus banales… »

Voilà les paroles que Alice Dekker prête au peintre des natures mortes, dans son livre Chardin, la petite table de laque rouge paru aux éditions Arléa.

L’écrivain imagine que l’artiste vieillissant, s’adresse à son fils disparu dans une longue lettre, bilan de sa vie, pour lui révéler tout ce qu’il a tu sur lui-même jusqu’alors, lui si réservé, si pudique. Le peintre nous y apparaît en tant qu’homme avec ses qualités : son grand amour pour sa femme qu’il a épousé sans dot malgré l’opposition de leurs familles; son deuil profond à la mort de celle-ci. C’est elle, attablée à une table de laque rouge, qui figure dans le tableau une dame qui prend le thé. C’est aussi un travailleur méticuleux, un artiste honnête qui peint peu car il est toujours à la recherche de la perfection. Mais il n’est pas sans faiblesses pourtant : quand déçu par son fils, il l’oblige à renoncer au testament de sa mère, quand sa vanité, parfois, le pousse à la recherche des honneurs. Comme tout artiste, Jean Simeon Chardin a des doutes sur son talent et il a besoin de se l’entendre confirmer. Ceci nous introduit dans la vie artistique du XVIII siècle à une époque où les arts sont classés dans une hiérarchie très stricte sur laquelle veille scrupuleusement l’Académie royale, la peinture historique représentant le sommet de cet art. Chardin y fut admis comme « peintre dans le talent des animaux et des fruits », c’est à dire au bas de l’échelle, lui qui délaissant l’héroïque, ne prenait ses modèles que dans le quotidien :

Et pourtant, si beaucoup dédaignaient la banalité de l’original, ils allaient bel et bien en admirer la copie, et en être les premiers surpris.

Ce roman, d’un tableau à l’autre, mis en perspective avec les autres peintures de son siècle, nous permet de mieux connaître l’oeuvre de Jean Simeon Chardin et surtout de mieux la comprendre, en ce qu’il transcende la réalité et l’anoblit. Et comme celui-ci, héritier des peintres flamands et de Vermeer, fait partie de mes peintres préférés du XVIII ème français, je dois dire que j’ai aimé ce petit livre qui en fait le tour.   

Chronique de Claudia Lucia 

Chardin, la petite table de laque rouge, Alice Dekker, Arléa, EAN 9782869599895

Quatrième de couverture :

Au soir de sa vie, alors qu’il prépare l’une de ses dernières expositions au Salon, Jean Siméon Chardin, peintre du silence et de la pudeur, consent à se dévoiler.

Dans une confession à son fils, le peintre de La Raie et de L’Enfant au toton, qui n’eut pas son pareil pour révéler la beauté présente dans les choses les plus humbles, revient sur les œuvres qui lui ont valu sa renommée.

De toile en toile, le maître de la nature morte, pour qui le réel était une vérité suffisante, retrace sa carrière, donnant aussi à voir les doutes de l’artiste et les faiblesses de l’homme. Reconnu aujourd’hui comme un avant-gardiste, Chardin fut considéré par certains de ses contemporains comme un peintre marginal, voire mineur.

C’est également à une promenade dans le monde artistique du XVIIIe siècle qu’Alice Dekker nous invite, dans ce deuxième texte publié chez Arléa après Les Glorieuses Résurrections, son premier roman paru en 2008.

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  1. De toute façon, quoique remarquable, tout aussi intéressant qu’il soit, ce petit bijou a été royalement ignoré par les critiques officiels tumescents de leurs flatulences germanopratines nombrilo-modernes.

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