Conférenciers en situation délicate d’Alain Fleischer

Autant de conférenciers que de situations délicates qu’Alain Fleischer distille dans ce recueil des plus savoureux. Onze nouvelles comme autant de rendez-vous subtils avec un orateur qui pour notre délicieuse hilarité se prend les pieds dans le tapis des conférences. Comme un La Bruyère qui échantillonna les caractères, l’auteur nous propose une typologie savoureuse de conférenciers que leur sujet caractérisent.

Suivant une règle immuable, Alain Fleischer décortique le nom de l’orateur, sa biographie, et un déroulé méticuleux de la présentation publique de chacun. Très vite la répétition du mode opératoire aiguise notre attente d’un plaisir amusé. L’exercice peut sembler fastidieux, ce serait sans compter sur les nombreuses qualités de l’auteur.

La variété des sujets et surtout l’érudition sont à chaque nouvelle, un voyage brillant dans la connaissance. Et passé le moment de la détente, et des gloussements, force est de constater qu’en quelques pages seulement, l’on est happé par un condensé exhaustif de la question traitée avec aisance et légèreté.

En quelques pages, on sautille de l’entomologie à l’histoire de l’art, de l’alpinisme au talmud, de la sociologie à la sémiotique, impossible de faire le tour des savoirs disséqués sans que jamais la pédanterie n’affleure. Car Jamais ce petit livre ne se prend au sérieux, seuls les conférenciers courent à leur perte pour notre plus grand éclat de rire. Les ficelles qui précipitent ces orateurs dans le désastres sont aussi fines que l’humour d’Alain Fleischer. Grâce à sa maniaquerie et à ses précisions obsessionnelles, qui pourraient rappeler le comique d’un Thomas Bernhard ratiocinant, la jubilation s’étire et les fins claquent en un feu d’artifice tantôt absurde, tantôt soulagé. Le lecteur sort de chaque nouvelle comme on rallume à la fin du spectacle.

Ce petit recueil a le charme désuet des cabinets de curiosités, et la préciosité aimable des salons où l’on conversait. L’usage des subjonctifs, les éructions poussées à l’extrême, le dérapage des situations dans la farce, chaque grain de sable burlesque nous amènent à l’acmé toujours de bon ton. Pointons l’imagination et la malice d’Alain Flaischer, ainsi que l’adéquation entre le fond et la forme.

Dans chaque situation délicate, une mélancolie et un attachement enveloppe le conférencier, qui semble chercher un auditeur pour mieux se perdre, tout en nous instruisant.

Chronique de Christiane Miège 

Conférenciers en situation délicate, Alain Fleischer, Léo Scheer, 

Le fil rouge :

Quatrième de couverture :

Si les conférences sont traditionnellement des exercices de passage de l’écrit à l’oral, celles de ce livre sont comme marquées par la fatalité d’un passage du sérieux au risible, des savoirs académiques à la connaissance par le rire. On pourrait dire que les situations délicates dans lesquelles se trouvent l’un après l’autre nos conférenciers sont autant de scénarios de films burlesques. C’est l’occasion de rêver à ce qu’aurait pu être une collaboration entre Chaplin et Kafka.

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