Discordance d’ Anna Jörgensdotter

Discordance d’ Anna Jörgensdotter

Comment choisissez-vous vos livres ? La couverture, le titre, la quatrième de couverture, l’auteur et l’ouï-dire.

J’ai beaucoup aimé la couverture avec ses deux jeunes filles qui se courent après. Sont-elles deux ou est-ce la même avec un décalage dans le temps. Les couleurs sont bien choisies, entre vert-gris et ce ciel sombre.

Le titre reflète bien le thème du roman. « Discordance » : divergence de point de vue. Mais, par une sorte de glissement j’ai eu parfois tendance à dire « dissonance » : Manque d’harmonie, désaccord entre des idées, des caractères, des sentiments.

Anna Jörgensdotter est native de la région qu’elle décrit, il y a donc une force atavique qui se dégage de ses descriptions. La terre forme les esprits, cet amour pour le Kungsberg, une des narratrices évoque la différence entre les gens de la plaine et de la montagne.

J’ai eu un peu de mal avec les noms des personnages au début, mais petit à petit cela c’est dissipé. Mais la difficulté majeure ce sont les digressions qui ne sont pas des flash-back, mais des à-côtés, des pensées non exprimées à haute voix, mais la frontière est ténue. En revanche il y a des passages où l’on glisse comme sur la pente enneigée et l’on se retrouve emportés jusqu’en bas des pistes.

Les relations entre les gens sont le point central. Chaque personnage porte une fêlure en lui et il avance tant bien que mal.

J’ai beaucoup aimé les contes que Karin et Sofia se créent. Mais, ce semblant de bonheur ne dure pas longtemps.

La couleur a une placez prépondérante, avec une dominante de vert. Le vert de la nature, des vêtements de Barbara, de l’ameublement etc.

Une image semble émerger plusieurs fois, celle de la représentation d’un paon. La narratrice prend son temps pour décrire le dessin tout en ce demandant si c’est vraiment cela qui est représenté, que ce soit sur l’éventail ou la boîte…

La construction narrative entre monologue intérieur, dialogues imaginés ou réel est parfois déstabilisant. En particulier lorsque le narrateur après avoir disserté sur une idée dit bon on efface, ça n’a jamais été dit.

L’ensemble forme un récit étrange.

Les membres d’une fratrie vont grandir et mener tant bien que mal leur vie d’adulte. Ils portent en eux de failles, des manques, comme si une chape les étouffait. Ils sont comme amputés des sentiments, incapables de se toucher, de se parler franchement, de se soutenir, de se comprendre. Les non-dits et les excès de pudeur les séparent.

Je pensais que le rôle des parents serait plus important. Mais, ils semblent vite sombrer dans l’oublie et ce n’est qu’au détour d’un chapitre que la fin de leur vie est résumée en quelques paragraphes.

La partie pendant la seconde guerre mondiale est intéressante même si elle est en arrière fond.

C’est un roman qui nous fait découvrir des êtres dans une lumière gris-vert où la joie et le bonheur ne peuvent s’épanouir. Le lecteur fini par ne plus chercher de fin et encore moins de happy end. Le lecteur reste un observateur extérieur.

C’est dommage que ce soit le seul roman de Anna Jörgensdotter qui soit traduit.

 

Chronique de Ramette

 

Discordance, Anna Jörgensdotter, JC Lattès, ISBN 9782709635639, Traduit du suédois par Martine Desbureaux

 

Quatrième de couverture :

Nos récits s’entrelacent telles les bandes de lirette dans la trame d’un tapis. Et chacun y reste pris. Jusqu’à l’usure.
En devient partie intégrante.
L’idée de départ était peut-être autre que le résultat, ou alors nous sommes parfaits – un récit parfait, sur tout, sur rien. Sur la vie telle qu’elle a été. Mais jamais sur ce qu’elle aurait pu être.
Je suis tissée dans ton récit. Inextricablement.

Cinq frères et sœurs grandissent dans une petite communauté suédoise au pied du mont Kungsberg : deux frères, Edwin et Otto, et trois sœurs, Karin et Sofia, qui restent inséparables jusqu’à ce que l’amour puis la mort les sépare, tandis qu’Emilia sillonne les rues à bicyclette en rêvant d’évasion.
Tout commence en 1938, lorsqu’une maison prend feu, celle de Mlle Filipsson, femme singulière venue d’on ne sait où. Edwin est le seul à la pleurer. Un an plus tard, c’est l’Europe entière qui s’embrase. Le jour même de l’invasion de la Pologne, une petite fille naît, et Karin, sa mère, agonise… Chacun des membres de la fratrie poursuit sa vie, entre rêves et désillusions. Au long de deux décennies, Anna Jorgensdötter nous livre un roman choral semé d’amour et de drames, marqué par les disparités entre hommes et femmes dans une société en mutation.



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