Plan de table de Maggie Shipstead

Plan de table de Maggie Shipstead

Disons-le d’emblée, ce livre est extrêmement bien écrit.

Maggie Shipstead manie sa plume avec entrain et mêle adroitement une bienveillance légère et un œil acéré.

Elle ne laisse rien passer et présente des personnages bien campés, entiers et qui nous paraissent surtout très vraisemblables.

Cette famille est disséquée au scalpel, observée à la loupe, et analysée par une auteure qui ne fait aucune concession à ses contemporains.

En se focalisant plus particulièrement sur deux membres de cette famille, le père Winn et sa fille cadette Livia, elle aborde plusieurs thématiques qui permettent au lecteur de se retrouver dans l’une ou l’autre des situations.

Alors que Winn est obnubilé par son image, par ce que les autres voient en lui, sa fille cherche davantage à se construire indépendamment des autres.

Ces deux situations se complètent pour proposer une satyre sociale parfois violente, mais très habile, dévoilant des aspects très différents de la société américaine.

Les Clubs qui paraissent au centre du fonctionnement social et de la reconnaissance de chacun dans un groupe, sont ici source de torture morale et surtout de mauvaise interprétation du fonctionnement social.

Winn appartient à certains clubs alors que ses membres le voient comme un étranger, tandis qu’il postule pour un autre club où il n’entrera jamais sans en connaître la cause.

Perdu dans un système dont il ne maitrise pas tous les codes, il ne sait plus que faire pour s’en sortir et se regarde sombrer pendant ce court weekend.

En deux jours, ses certitudes explosent et sa vie est remise en question.

Ce dévoilement des apparences adresse une leçon au lecteur sans l’accuser frontalement.

Dans le tableau que nous avons sous les yeux, la vie est basée sur ce que les autres pensent de vous, et ne peut donc pas être heureuse.

Elle repose sur l’acceptation par les autres de ce que l’on souhaite être, alors que chacun ne sait pas toujours ce qu’il est réellement.

Ce fonctionnement social est donc voué à l’échec.

Dans cette vision du monde, l’île de Waskeke, comme le sont souvent les îles, est d’abord vue comme un endroit idyllique, un havre de paix qui se révèle finalement dangereux physiquement.

C’est un lieu où la pourriture règne (celle du jardin de Winn où rien ne pousse, celle d’une baleine échouée sur la plage, de Winn lui-même).

Pour s’en sortir, il faut partir, aller plus loin et passer la mer, comme le fera la baleine pour retrouver son état originel et sa fierté.

La morale de ce roman pourrait alors être tout simplement que les apparences disparaissent toujours. On ne peut aller contre la vérité des choses et il faut faire avec.

 

Chronique d’Estelle de Lire et Relire

Plan de table, Maggie Shipstead, Belfond, Traduit par Michelle HERPE-VOSLINSKY, ISBN 978-2714450586

 

Lire les premières pages 

 

Quatrième de couverture :

Un mariage, le plus beau moment d’une vie…? Plan de table, ou quand une riche famille américaine se retrouve en huis clos sur une île de Nouvelle-Angleterre. Amour, fidélité, réussite et démon de midi, dans la lignée des Sortilèges du cap Codde Richard Russo ou encore d’American beauty de Sam Mendes, un roman social grinçant et jubilatoire, une analyse au scalpel des vies étriquées et superficielles de l’upper class américaine.

Brillante, impertinente et jubilatoire, une comédie de moeurs grinçante sur une île trèsselect de Nouvelle-Angleterre, le tableau aussi émouvant que désopilant d’une upper class américaine engoncée dans ses codes et ses certitudes.

C’est l’événement de la saison sur l’île de Waskeke : Daphnée, l’aînée des Van Meter, se marie ! Mais alors que famille et amis sont en effervescence, son père, lui, arbore une mine maussade.
Pour Winn, banquier désabusé de cinquante-neuf ans, passe encore de voir sa fille très enceinte s’afficher en robe virginale, de supporter les commentaires gras des cousins de province et les discours éméchés de sa belle-soeur. Passe encore qu’une fuite de homard sème la panique et qu’une baleine choisisse précisément ce week-end pour venir s’échouer sur la plage. Passe enfin que son éducation toute protestante l’empêche de goûter aux appas de la jeune Agatha, demoiselle d’honneur particulièrement accorte.
Non. Le vrai scandale pour Win, cette obsession qui hante ses nuits, se résume à une seule question : pourquoi les portes du Pequod, le club le plus huppé de l’île, ce sanctuaire des âmes bien nées, lui restent-elles désespérément closes ?

Plus que deux jours à tenir et ce mariage sera de l’histoire ancienne…



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