L’enfant grec de Vassilis Alexakis

Vassilis Alexakis a choisi de vivre en France et d’aimer la littérature. Il écrit pour mieux penser à sa Grèce et aux personnes croisées au fil des pages et des chemins de sa vie. Son dernier roman nous fait la conversation.

« Les allées du Luxembourg ont la même couleur que la mer à l’heure du couchant. »

Le temps d’une convalescence, qui circonscrit sa vie aux grilles du jardin du Luxembourg, et sous prétexte d’écrire un nouveau roman, l’auteur se livre librement à ses associations d’idées. Une vision, une parole, une couleur, d’insignifiants détails, deviennent une réflexion plus ample qu’il n’y parait, diffusant ainsi toute l’essence savoureuse de « L’enfant grec » devenu écrivain français.

« Les personnages de roman n’ont pas été moins présents dans ma vie que les gens de ma famille. »

Ainsi défilent au gré des pages, la Grèce passée et aujourd’hui en crise, ses lectures enfantines et classiques, et sa vie parisienne, plus précisément celle du jardin du Luxembourg. On y croise la Dame pipi des toilettes du jardin, un SDF, la patronne du théâtre de Guignol et sa soeur qui crée les marionnettes, des personnages du sénat, un critique littéraire, et tout aussi vivants, les 3 mousquetaires, Tarzan, Zorro, Robin des Bois, Don Quichotte, Robinson Crusoé, Jean Valjean, Cosette, Alice ou l’Idiot. Dialoguent allègrement, au rythme de ses béquilles, fiction et réalité.

« Mes pensées ne sont bien souvent que des rapprochements qu’opère la mémoire ».

Vassilis Allexakis visite la réel comme une exposition, observée et critiquée. Il regarde tout, observe le petit ou l’infini, pour mieux dériver en grand, au gré de sa personnalité, sa culture et son imaginaire. Le « je » est important car la vie est un mensonge, seule la page blanche lui dit « tu es libre ».

Le ton léger et la fluidité rythmique du style facilitent la lecture et la réflexion du lecteur. L’auteur confie son important travail de recherche et de documentation, ne refusant pas de harceler familles et amis, au moindre détail à préciser. N’as-t-il pas écrit ce livre pour redonner vie à ce frère, qu’il n’hésitait pas à déranger des centaines de fois?

Non dénué d’humour et pince sans rire, Vassilis Alexakis se moque aimablement des situations, et dialogue courtoisement avec chacun en un joyeux délire.

Et de s’exclamer vers la fin du roman :

« Je suis en train de vivre un des moments les plus fameux du roman français. »

Chronique de Christiane Miège

L’enfant grec, Vassilis Alexakis, Stock, ISBN 978-2234064744

Le fil rouge :

Quatrième de couverture :

C est l histoire d un va-et-vient incessant entre deux jardins, celui de l enfance, situé dans le quartier de Callithéa à Athènes, et le jardin du Luxembourg, où le narrateur erre péniblement, soutenu par ses béquilles. Il vient de subir une grosse opération, mais qui n intéresse plus personne, sauf la dame qui tient les toilettes du jardin, un clochard nommé Ricardo, la directrice du théâtre de marionnettes et un vieil homme à cheveux blancs qui ressemble à Jean Valjean. La solitude fait peu à peu surgir autour de lui tous les héros de son enfance, ceux qui ont réellement fréquenté le Luxembourg, comme Jean Valjean et les trois mousquetaires, mais aussi Tarzan qui ne comprend pas pourquoi on construit des maisons autour des jardins alors qu il y a tant de places dans les arbres, des orphelins, des pirates, des Indiens et Richelieu qui surveille tout ce petit monde à travers les fenêtres du Sénat. Il y a aussi la mort, représentée par une marionnette géante vêtue de blanc qui a des pattes de poulet à la place des mains et une belle Italienne coulée dans du bronze.
Le bruit du monde parvient assourdi jusqu au jardin : on entend les cris des jeunes gens qui manifestent place de la Constitution à Athènes, on apprend que Zorba a dansé dans le Bundestag devant les députés allemands. Comme les romanciers aiment bien envoyer leurs personnages sous terre, dans les égouts ou dans les terriers, l histoire finira dans les catacombes. Jean Valjean aura la bonté de porter le narrateur sur son dos. On aura deviné que le personnage central du roman est la littérature.

L’enfant grec, Vassilis Alexakis,

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