Riefenstahl de Lilian Auzas

« Artistiquement, elle est un génie, et politiquement, elle est une imbécile. »

Liam O’Leary, historien du cinéma

C’est un autre historien de l’art, Lilian Auzas, qui s’intéresse essentiellement à la période phare de Leni Riefenstahl, celle qui voit naître le nazisme servi par cette géniale cinéaste de propagande. Il passe plus rapidement sur la période de trou noir de la guerre et l’après-guerre, et du retour tardif de cette femme indestructible à l’admiration de ses pairs, grâce à ses images de fonds sous-marins et de Noubas. Il aura d’ailleurs fallu la longévité de cette femme de 103 ans, pour que le temps de l’oubli lui redonne la place artistique qu’elle mérite, celle d’une formaliste exceptionnelle. Mais revenons à ce qui a porté Lilian Auzas à questionner sa fascination pour les films de Leni Riefenstahl, et à tenter de dénouer la complexité de cette conscience humaine et artistique, en proie à une des plus grandes folies criminelles contre l’humanité.

Sous la forme d’un roman-enquête, dont chaque indice historique nourrit un chapitre, l’auteur cerne la personnalité de la cinéaste, en reprenant les événements-indices successifs et se demande, comment peut-on concilier réalisation artistique dévorante et conscience morale fluctuante. Si la réponse de l’auteur ne nous apprend rien de ce que l’on connaissait déjà de la vie de lena, elle a le mérite de la clarté d’analyse, et le charme d’un lyrisme à hauteur de l’envoûtement et de la beauté des images. La fascination de cette femme libre sexuellement n’a d’égal l’ambition et le charisme qui emporta l’actrice des « Bergfilm » vers les cieux. Si le platonisme qui oppose le beau et le bien, au mal et au laid, trouve son écho dans l’idéologie nazie ou même le cinéma soviétique, le culte sous forme de propagande devient un acte politique. L’ambiguïté antisémite de Leni Riefenstahl, personnage intéressé et égoïste, même s’il est sans conviction idéologique n’en reste pas moins un opportunisme qui sert le criminel. N’édulcorant aucune noirceur de son sujet et ne cédant jamais à la beauté épurée des images de l’icône, l’auteur trouve finalement sa vérité. La qualité du roman, outre cette tentative de compréhension et questionnement intérieur, est surtout dans son style lyrique et son aimable exercice d’admiration.

Reste la grande technicienne, qui montait et remontait longuement ses films avec passion, l’idéaliste exaltée en quête de beauté formelle et d’absolu, et la détermination d’une artiste qui rencontra la monstruosité criminelle d’un homme.

Reste l’Histoire qui a jugé, et cette histoire qui a tenté de comprendre.

Leni Riefenstahl affirmait regretter l’Histoire mais n’a jamais renié son Art. 

Chronique de Christiane Miège

Lire un extrait ici 

Riefenstahl, Lilian Auzas, Léo Scheer, 

Quatrième de couverture :

Connaissez-vous Leni Riefenstahl ? On a dit qu’elle était la maîtresse d’Hitler, la pire des nazis, une cinéaste d’un talent écrasant, une Juive qui a prospéré pendant le IIIe Reich, une alpiniste infatigable, une plongeuse sous-marine que rien n’effrayait, une actrice sans intérêt, une névrosée, une femme au coeur grand comme ça, une… N’en jetez plus, la coupe est pleine ! Pleine de quoi d’ailleurs ? On ne le sait plus. Il fallait un livre pour remettre l’église au milieu du village, pour démêler le bon grain de l’ivraie d’une vie tellement remplie. Morte en 2003 à plus de 100 ans, elle continue de fasciner autant que d’agacer.

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