Alain de Catherine Robbe-Grillet

Alain de Catherine Robbe-Grillet

« J’aime certains traits biographiques qui, dans la vie d’un écrivain, m’enchantent à l’égal de certaines photographies ; j’ai appelé ces traits des « biographèmes ».

Roland Barthes, La Chambre Claire.

« Alain » est un biographème, selon les dires de Catherine Robbe-Grillet, qui résume leur vie commune à travers une cinquantaine de mots. Classés par ordre alphabétique, ils énumèrent dans le désordre, des événements plus intimes et sentimentaux, que littéraires, reflets signifiants des 51 ans de bonheur conjugal absolu :  » nous nous sommes aimés, nous nous sommes amusés, nous avons eu de la chance… »

Malgré la totale liberté de ton et de parole, et la caution d’authenticité via les carnets tenus par Catherine Robbe-Grillet au fil des ans, il ressort de ce texte un sentiment de contrôle et de bienséance. Le livre refermé, il restera une liste ennuyeuse et redondante d’activités simples et banales, une litanie aseptisée du journal tenu par l’auteure au moment de la liaison de son mari pour une autre Catherine, une vie campagnarde à distance de Paris et surtout l’absence totale d’événements liés au monde littéraire. À trop dire et affirmer son heureuse indifférence et son intérêt détaché, à trop prévenir les critiques (ringardise, insignifiance, potentielle jalousie), une fabrication plane dans la marge et comme un doute apparaît.

Le style est classique et sage, souvent ampoulé, quelquefois ridicule. Les Robbe-Grillet voyagent, font des confitures, se laissent des petits mots tendres et teintés d’humour (les seuls moments amusants du livre), les drames se résument à des cochenilles mangeuses des cactées de la serre, et à des tempêtes arracheuses des arbres du parc. Des remous intérieurs ? Rien. Un bonheur enviable, affirmé, prouvé.

Le couple avait dès le départ posé un contrat de prostitution conjugale, conservé minutieusement ses archives, établi la transparence, les cactées étaient sous serre, les femmes attachées, le temps passait et répétait immuablement chacune des saisons, les petites filles ne vieillissaient pas.

On joue la douleur, la cruauté, la possession, l’humiliation, les noirceurs dans la sexualité sado-masochiste, et dans la vie tout est clair, paisible, transparent, et réussi. On sent chez Catherine Robbe-Grillet la volonté farouche de défendre et revendiquer un schéma du couple, autrefois rêvé par Sartre et Simone de Beauvoir (raté comme on le sait), la postface d’Emmanuelle Lambert consolide l’édifice.

« Dans le doute j´ai choisi de laisser à un éventuel biographes ces flashes de vie, ces éclats de mémoire, intimité de couple, « notes de blanchisserie », tels quels, sans hiérarchie, pour qu’il s’en serve (s’il en sent la nécessité), afin de contribuer, à la tentative un peu vaine sans doute, de donner un semblant de cohérence à ce qui ne peut en avoir. » C. R.-G.

Bel exercice de contrôle et de discipline.

Chronique de Christiane Miège

Alain, Catherine Robbe-Grillet, Fayard, ISBN 978-2213655383

Le fil rouge :

Quatrième de couverture :

« Beaucoup connaissent Robbe-Grillet mais qui connaît Alain ? Il ne s’agit pas ici de livrer une biographie d’A.R.-G. Ni de revenir sur les sujets abordés par lui dans ses Romanesques, ailleurs, et par moi dans Jeune Mariée (Nouveau Roman, combats littéraires ou politiques, cinéma, etc.). Mon projet est plus limité : mettre en lumière certaines facettes de notre vie de couple, mettre l’accent sur quelques aspects de sa personnalité saisis à travers nos objets intimes ou quotidiens et, par touches successives, compléter de son versant conjugal son image publique. Sans plus. » Catherine Robbe-Grillet



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