Le danseur russe de Monte-Carlo d’ Abilio Estévez

« J’ai mis quarante-six ans avant de quitter mon pays, ou plutôt mon rêve pour ce pays, qui s’est enfui avec moi ». A.E.

Comme son auteur, le héros du dernier roman d’Abolio Estévez fuit Cuba pour Barcelone. Comme lui, c´est un spécialiste de la littérature, et son « danseur russe de Monte-Carlo » trempe ses souvenirs dans une odeur de jasmin, comme Proust sa plume dans celle d’une madeleine.

 Savoureux dès l’entame, ce roman affiche liberté et impertinence de ton. Au premier chapitre, clin d’œil et accroche stylistique ménagent un petit suspens, qu’Abilio Estévez entretient au fil du roman : la relation complexe qui unit Constantino Augusto de Moreas à son sujet d’étude, le grand poète cubain José Marti.

Les chapitres suivants passent allègrement de Barcelone à Cuba. Entre présent et passé, la rencontre des divers personnages sème le trouble dans l’esprit du lecteur, savamment envoûté par ce récit, mêlant réalité, souvenirs et imagination. S’entremêlent en une langue précise et lyrique, des paroles de chansons populaires, des citations ou vers nostalgiques. La fuite de Cuba, les déplacements dans Barcelone, le voyage intérieur vers les fantômes et les hôtels qu’ils habitent, le voyage vers l’autre – miroir ou homosexualité – cristallisent LE voyage dans la nostalgie et les rêveries, cernant ainsi le mot galicien « morriñas”, qui signifie le mal du pays.

Le lecteur envoûté vacille entre la fantasmagorie et les tourbillons du passé, sans échapper au réalisme terrible de la révolte de canne à sucre des années 69-70 à cuba et celui, social et politique, de la Barcelone d’aujourd’hui. Le réalisme magique de la littérature sud-américaine s’épanouit dans ce roman, où retour en arrière rime avec imaginaire.

 La recherche dans la ville de Barcelone est une métaphore de l’écriture pour l’auteur qui nous dit « se sentir impalpable ».

Abilio Estévez ne vit que par les souvenirs, pour ce livre.

Chronique de Christiane Miège 

Le danseur russe de Monte-Carlo,  Abilio Estévez, Grasset, ISBN 978-2246784296, traduction Alice Seelow

Le fil rouge :

 

Quatrième de couverture :

Constantino Augusto de Moreas, spécialiste de l’?uvre du poète José Martí, a passé toute son existence à Cuba. Invité par une université espagnole, il décide à Madrid de ne pas se rendre à sa conférence, jette son passeport, ne conserve pour tout bagage que son exemplaire des Mémoires d’outre-tombe et sa brosse à dents. Il prend le train pour Barcelone. Commence alors une errance dans les rues de la ville, ses places, ses cimetières, à travers ses souvenirs aussi, qu’il voudrait fuir mais qui ne cessent de le rattraper.
Un geste, un tableau, une mélodie le ramènent vers Cuba ? à la coupe de la canne à sucre, au travail forcé, à l’hôpital, au jeune danseur qui répète L’oiseau de feu de Stravinsky et s’invente un passé pour oublier la maladie…

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  1. Merci pour cette fine chronique

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