Glaces sans tain de Soluto

Glaces sans tain de Soluto

Le tain est la couche métallique appliquée sur un miroir, qui permet de se voir dans la lumière, tout en protégeant de la vue celui qui observe, derrière dans l’ombre. Dans les commissariats les glaces sans tain donnent la possibilité aux victimes d’identifier le criminel tout en préservant leur anonymat, dans les lieux de plaisir elles encouragent à suivre, en toute discrétion, des scènes réservées à l’intimité la plus cachée. Métaphorique, un miroir sans tain peut représenter la coupure de l’aliéné avec la réalité, et son dédoublement dans l’espace.

Il n’est pas étonnant que Soluto, qui est également peintre dans la vie, fasse dire à son héros : « C’est l’heure…de me regarder en face. Je ne sais d’ailleurs pas où cette mise en mots va m’emmener, ni même pourquoi je suis saisi par le besoin de raconter ces histoires … »

Dans ce dernier ouvrage, elles sont au nombre de quatre.

Quatre vies qui donnent à voir au lecteur de façon crue, impudique, ou violente, la réalité exacte d’une scène fondamentale et primitive. Ensuite, comme si de rien n’était, tout disparaît de la vie du narrateur, par un gommage facile et naturel. Personne n’avait rien vu, … personne ? C’est oublier le lecteur derrière son livre transformé en glace sans tain.

Naît lentement de cette façon de présenter le réel, un sentiment d’étrangeté et d’inquiétude. Chaque personnage confesse l’inavouable, et efface tout. La réalité oublie, la fiction garde en mémoire. En racontant son histoire chacun se regarde dans la glace de sa conscience ou de sa souvenirs, et puis, enfouit le tout sous une couche de tain aussi mince qu’une page de livre. Le lecteur, devenu le voyeur de la suite, glisse sur une glace, seul à garder en mémoire l’image des événements terribles.

Écrit dans un style classique et fluide, aux dialogues enlevés toujours naturels, ces quatre vies se résument au calme sans reflet d’une contemplation de son âme sur une surface lisse. L’Introspection glacée laisse dans l’ombre la mort et son cortège de souvenirs du plus vif-argent. Aucune colère ne viendra rompre le charme et briser la glace.

Il ne reste du réel que ce livre. Personne d’autre n’a vu, ni ne saura jamais.

Chronique de Christiane Miège

Glaces sans tain, Soluto, Le dilettante, ISBN : 9782842637675

Quatrième de couverture :

Glaces sans tain ou l’art de voir sans être vu, de scruter à loisir sans subir de regard en retour, œil de Dieu, pupille du Diable qui sonde en paix les plis et replis de l’âme rongée. Quel meilleur titre pour ce recueil de nouvelles signées Soluto où un quatuor d’esprits aux abois se dénude et s’explicite face à un miroir qu’il croit opaque, mais derrière lequel Soluto convie le lecteur à prendre place. On assiste ainsi à la mise à nu, lente, méthodique, scrupuleuse de la vie d’un chirurgien émérite et digne père de famille qui se souvient du lycéen normand qu’il fut. On suit le déroulé de l’existence psychiatrique d’une brute lourde hantée par une voix qui lui chuchote les envers secrets du monde. On accompagne le destin morne d’un éternel petit garçon figé dans l’enfance. Et pour clore, on met nos pas dans ceux de Soluto lui-même, portrait de l’écrivain en peintre dragueur de supermarché.

Soluto ou l’art de la confession d’autant plus impudique qu’elle se croit soliloque. Les glaces sans tain ont un parfum amer.



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