Murtoriu de Marc Biancarelli

Murtoriu de Marc Biancarelli

C’est un roman à part, qu’on se le dise. C’est un roman traduit du Corse, et cela n’est pas anodin par rapport au sujet évoqué

Marc Antoine Cianfarani libraire et écrivain, vit complètement reclus dans la montagne corse. Cet ermite, ne supporte pas la société de ses contemporains. Il ne cautionne pas ce monde qui évolue sans cesse en perdant ses valeurs, en se dénaturant. Il est anéanti par le rôle destructeur de l’argent, par la société égoïste et hypocrite dans laquelle il lui est impossible de trouver une place. Seuls deux compères de toujours animent quelque peu son existence : Trajan, et Mansuetu, un berger à l’attitude « hors du temps ». La désolation est visible à plusieurs niveaux : à l’égard de cette terre de leurs ancêtres qui perd de son authenticité, à l’égard d’une spiritualité qui disparait au profit de valeurs nouvelles et incomprises. Ce n’est pas seulement l’histoire de Marc Antoine, le propos est beaucoup plus large et tend à l’universalité. L’auteur n’hésite pas à prendre son lecteur à témoin, avec dérision et sarcasme.

Parallèlement à l’histoire du narrateur, une autre histoire se joue et nous est évoquée : celle du passé, d’un moment tragique , celle de la guerre de 1914. Marc Biancarelli la narre avec gravité, solennité et émotion. Le rythme est plus lent, l’atmosphère plus lourde et plus pesante, oppressante parfois. Les deux histoires se rejoignent parfois, dans la violence, dans les contrastes entre beauté et horreur, espérance et désolation, passé et présent, rêve et réalité.

C’est , au fond un vibrant hommage aux corses, à leur langue, à ce peuple qui perd son âme peu à peu selon le narrateur, et qui en souffre

La lecture de ce roman ne laisse pas indifférent, tant dans le style que dans le choix d’un vocabulaire très concret. Le style est très varié, les tonalités , fort nombreuses et certains passages peuvent nous dérouter. C’est une vraie expérience de lecture de se plonger dans cet ouvrage, à portée universelle qui réfléchit sur notre Monde, aussi fascinant que stupide, aussi beau que cruel, où chaque individu peut choisir de contribuer à la grande aventure collective du monde.

Un roman singulier donc. Dire, lutter… pour vivre.

 

Chronique de Fanny

 

Murtoriu, Marc Biancarelli, Actes Sud, ISBN  978-2-330-01012-6

 

Quatrième de couverture :

Libraire intermittent et écrivain inaccompli dont la vie sentimentale est un fiasco, Marc-Antoine Cianfarani vit en reclus dans un hameau de la montagne corse d’où, réfractaire à l’attitude de ses contemporains qui, sur la côte, rivalisent de compromissions pour assouvir un matérialisme dévorant, il assiste à l’inexorable pillage d’une île livrée à toutes les formes de dénaturation.
Né d’une île, la Corse, et de la langue qui s’y parle, Murtoriu convoque les forces de la subversion dans un texte flamboyant, inspiré et douloureux, et assume son droit universel à la singularité – pour que résonne à nouveau, sur cette terre, le chant perdu du monde.

 

 



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