Brèves saisons au paradis de Claude Arnaud

Pourquoi les années 70 nous apparaissent-elles a posteriori comme une parenthèse enchantée ? Celles de tous les possibles, de toutes les libérations, des expérimentations les plus audacieuses ?

Claude Renaud répond, en partie, à cette question dans son roman : « Brèves saisons au paradis » qui met une scène un trio d’hommes vivant au tournant des années 70 et 80 dans un vaste appartement sis rue de Verneuil, dans le septième arrondissement de Paris. Claude, âgé de vingt-cinq ans, y partage son existence avec Jacques et Bernard, avec lesquels il entretient une relation amoureuse triangulaire, tantôt exclusive, tantôt relâchée par les libéralités que ce trio s’autorise : la présence d’autres amants dans l’appartement, des voyages fréquents que Jacques effectue, en raison de ses activités dans le cinéma. Le groupe côtoie Eric Rohmer, des intellectuels en vue à cette époque, il veut jouir de l’existence selon le slogan de 68 : « Vivre sans temps morts, jouir sans entraves » en l’interprétant le plus littéralement possible, et en essayant de construire les modalités d’une liberté amoureuse totale, exempte des contraintes habituelles.

Survient la pandémie du sida, qui vient, au début des années 80, remettre dramatiquement en cause les choix du milieu homosexuel, dans lequel évoluent quasi-exclusivement Claude, Bernard, Jacques, et tous les amis décrits dans le roman : Alain, jeune agrégé de philosophie, Ramon, peintre cubain en exil …

Ce changement de panorama, marqué par la victoire provisoire de la peur, peur d’être contaminé, de mourir à brève échéance après l’annonce fatal du résultat du test : la séropositivité, aboutit à une interrogation exprimée par l’auteur à propos de son personnage, Claude : « Sans doute n’étions-nous pas faits pour construire. Indemnes de tout esprit pionnier , nous préférions briser ces codes et ces convenances qui irritent tant l’esprit rebelle , mais qui rassurent tant ceux qui manquent d’audace et de singularité , au point de voir dans la normalité un idéal presque inatteignable .(…) Cette époque pourra faire figure de paradis perdu par sa grandiose insouciance (…) Je n’éprouve pas de nostalgie , au tournant des années 80 ; le passé paraît toujours plus insouciant et rieur qu’il ne fut : il n’angoisse plus pour avoir déjà été vécu. »

Ce qui frappe en effet à la lecture de ce roman, dont l’un des mérites est de reconstituer à merveille le décor de cette époque et le pouvoir de l’utopie sur les comportements humains, c’est l’impasse dans laquelle sont engagées les personnages, impasse amoureuse, sociétale, de débouchant pas vraiment sur une promesse d’émancipation durable, car trop individuelle, trop ghettoïsée.

Chronique du blog de Stephan Bret

Brèves saisons au paradis, Claude Arnaud, Grasset, ISBN 9782246788690


Le site de l’auteur

 

Voter : 1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars
Loading ... Loading ...

Votez pour soutenir ce livre pour le Grand Prix Littéraire du Web
Submit your comment

Please enter your name

Your name is required

Please enter a valid email address

An email address is required

Please enter your message

A propos

Chroniques de la rentrée littéraire est un défi lancé par le monde du livre à la blogosphère littéraire :
chroniquer une majorité des parutions romanesques de l’année.
En regroupant 300 bloggeurs
littéraires, Chroniques de la rentrée littéraire est un intermédiaire permettant à chaque livre d’être lu
par au moins un lecteur expert, en toute liberté de ton.

Chroniques de la rentrée littéraire © 2014 All Rights Reserved