Chercher Proust de Michael Uras

Ce n’est pas un livre sur Proust, mais un livre sur un homme passionné de Proust. Jacques Bartel, le personnage principal, renvoie l’image d’un homme discret, ordinaire, limite médiocre. C’est en réalité un être sensible et intelligent, en décalage avec le monde moderne.

Dès son jeune âge, il se passionne pour le monde des idées et des Lettres, et surtout pour Marcel Proust. À 14 ans, il tombe gravement malade. Son oncle lui offre toute l’œuvre de Proust pour l’occuper durant sa convalescence. Dans un accès de douleur, il saisit un livre et le mord. Et miracle, la douleur disparaît. Il répète l’opération à plusieurs reprises. « Pour la première fois, Marcel Proust venait de me soulager ». Scène de première rencontre étonnante !

Pour remercier l’auteur de son aide, il en débute la lecture. Incompréhension de ses ami(e)s et de ses parents devant cette passion dévorante. Le petit Jacques se retrouve isolé. Sa mère a lu dans un livre à la bibliothèque que Proust aimait les hommes et « se rendait dans des lieux que l’État a fini par interdire » Horreur ! Son fils serait-il homosexuel ?

Jacques Bartel devient chercheur, spécialiste de Proust. Description très drôle par Michael Uras de ces milieux de spécialistes d’un auteur qui peuvent passer une vie entière à écrire des sommes (assommantes ?) sur un point de détail de l’œuvre ou de la biographie : l’utilisation de la lettre « a » chez Proust, le thème de la montagne dans la Recherche…

Cette « recherche » de Proust mènera J. Bartel dans une impasse, jusqu’à ce que…(à découvrir).

Autodérision, drôlerie et légèreté marquent ce premier roman de Michael Uras, professeur de lettres dans l’Est de la France.

Chronique de Catleyas.

Chercher Proust, Michael Uras, LC Editions, ISBN 9782919000708

Quatrième de couverture :

J’ai toujours eu un problème avec Proust. Dès le départ, j’ai su qu’il me ferait mal. Au-dessus de mon lit d’adolescent, à côté du poster de mon footballeur préféré, Marcel trônait, fier, sûr de lui, la tête inclinée sur ma droite, reposant contre sa main. Il me fixait. Quand je regardais trop mon idole sportive, j’avais l’impression que… Proust me rappelait à l’ordre : « Jacques Bartel, cessez de scruter cet idiot, je suis là, moi, seul être valable dans cette chambre. Vous n’êtes plus un enfant et bientôt, vous pourrez vous targuer d’avoir une aussi belle moustache que moi. » J’ai donc grandi sous le regard de mon maître. Quelquefois, en pénétrant dans mon antre, j’essayais de l’esquiver, projetant mes yeux sur le mur blanc qui faisait face à l’écrivain. Je maintenais cette volonté surhumaine de dépassement deux à trois minutes, puis Proust reprenait naturellement le dessus. Il écrasait mon footballeur, lui mettait une gifle pleine d’arrogance. « Eh oui, jeune homme, voyez comment un vieil écrivain juif peut vous mater d’un simple regard. » Marcel avait raison, mon esprit n’échappait pas à cette règle, rien ne lui résistait. D’ailleurs, la cohabitation entre Marcel et le footballeur ne dura pas, un après-midi, au sortir de l’école, je me rendis compte que le poster du sportif s’était détaché et gisait face contre terre. Mon cerveau analysa cette situation sans cartésianisme : le sportif, ne supportant plus cette compétition permanente, avait provoqué Marcel. Ce dernier, habitué aux joutes (j’avais lu que Proust avait été provoqué en duel, ce qui correspondait pour moi à une attitude héroïque) avait accepté de se mesurer à la star orange. À la fin du match, la victoire de Proust ne faisait aucun doute. Marcel : 1, Cruyff : 0.

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  1. Une lecture très intéressante. A découvrir.

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