Le thé des 3 vieilles dames de Friedrich Glauser

Le thé des 3 vieilles dames de Friedrich Glauser

Friedrich Glauser, auteur suisse alémanique, a passé moins de trois ans à Genève, dans le cadre de ses études, mais sa sensibilité à fleur de peau lui a permis de s’imprégner profondément de la mentalité genevoise ; il la restitue avec brio dans « le thé des trois vieilles dames ».

Le procureur de Morsier, le conseiller Martinet, le professeur Dominicé, la veuve Pochon parlent immédiatement aux lecteurs locaux, grâce à leurs patronymes socialement connotés. Il ne s’agit toutefois pas de portraits de personnages ayant existé mais d’archétypes genevois  et le lecteur qui ne connaît pas la ville ne se sentira pas exclu de la narration.

La Genève des années trente fourmille de résidents étrangers, qui ne sont pas sans rappeler les « expatriés » d’ aujourd’hui. Toutefois, les Russes sont moins riches et plus espions qu’actuellement, les maharadjahs ayant abdiqué se font rares, et les assistants en médecine étrangers trouvent un logement sans problème, ce qui de nos jours tient du miracle.

Les crimes inexpliqués se succèdent, ponctués d’hallucination collective à l’université, de cérémonie secrète chez un fournisseur de stupéfiant dans un quartier populaire (peut-être un élément autobiographique du séjour genevois de l’auteur), et de promenade en tram dans la campagne .

Friedrich Glauser se préoccupe peu de la résolution des énigmes, en réalité, elle ne l’intéresse pas. La forme policière est un fil rouge destiné à captiver l’attention des lecteurs, qui découvrent son œuvre sous forme de feuilleton. L’auteur ne cesse d’observer le monde, pas pour le juger mais pour en rendre compte sous forme de récit, ce qu’il fait magnifiquement et avec un humour parfois corrosif ; le milieu psychiatrique n’est pas épargné.

Derrière les lieux, les gens, les ambiances, on devine ce qui se cache sous les masques. Le roman se termine sur la vision des trois vieilles dames qui prennent encore le thé, avec probablement la petite angoisse qui, dit-on, saisit les femmes de leur monde après l’amour : « mon Dieu, pourvu que cela ne se voit pas sur moi ».

 

Mais Friedrich Glauser l’a vu, et c’est ce qu’il nous raconte dans cet ouvrage.

 

Chronique de Francine Mancini de Livres et Voyages

 

Le thé des trois vieilles dames, Friedrich Glauser,Zoé édition, ISBN 978-2-88182-878-2

 

 

Quatrième de couverture :

 

Deux heures du matin, la touffeur estivale écrase la place du Molard à Genève. L’agent de police Molan s’ennuie à mourir dans l’indolence nocturne de la Rome calviniste. Ce dont il rêve, c’est d’un verre de vin blanc. Mais arrive devant son képi un jeune homme qui s’écroule et perd connaissance. Molan dévale l’escalier des toilettes pour appeler une ambulance et là, il reçoit un coup de tête dans le ventre. KO, le flic, qui finit par se réveiller et par apprendre, à l’hôpital, que le jeune homme, secrétaire d’un diplomate, a reçu l’injection d’un poison dont il meurt sous ses yeux, tétanisé.

Ce drame est un prélude à d’autres meurtres, affaires de drogue, chassés croisés d’agents de renseignement, société secrète et intrigues, le tout mettant un holà tumultueux au calme coutumier à la cité au bout du lac Léman. Et, bien sûr, trois vieilles dames boivent du thé en papotant, dans un pavillon de l’hôpital psychiatrique.

Maxime Pietri

 

 



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