06H41 de Jean-Philippe Blondel

« Tout passe très vite, mais vingt-sept ans après, tout est encore là. »

Voici un roman à deux voix, deux voix intérieures, le temps d’un trajet en TGV. Un récit sur deux voies, deux lignes parallèles qui, comme chacun l’a appris, se rejoignent à l’infini. Cet axiome mathématique va peut-être se vérifier littérairement.

A 06H41 Jean-philippe Blondel entame la prouesse d’égrainer les monologues d’un couple, au rythme alterné d’un chapitre chacun. Cette narration composée de pensées vagabondes, de dialogues plus ou moins fantasmés, de mémoire au scalpel et de projections candides, défile comme un train dans le paysage de leur vies réciproques. Cécile et Philippe feignent de ne pas se reconnaître, dans l’immobilisme, la gêne et le silence, leur mémoire galope et le refoulé accomplit son grand retour. L’humour permet de respirer, on ne descend pas du 06h41 en marche, le dernier Blondel se déguste à grande vitesse.

Roman psychologique à double « je », 06h41 joue le point de vue et l’analyse en miroir de la même situation. Piquant notre curiosité et flattant notre romantisme, l’auteur embrouille habilement une double inconnue : quel événement honteux causa leur séparation il y a 27 ans et surtout, se retrouveront-ils avant l’arrivée en gare ?

Le train-train d’une vie, face à son miroir et au reflet de l’autre, bouscule les faux-semblants alors qu’on fait justement semblant. La notion du « encore possible » et son grain de folie du « tout recommencer » brouillent vertigineusement la vision accélérée du paysage de ces deux vies. À chaque chapitre et en quelques minutes, le lecteur est happé par le doute, à l’heure inéluctable des bilans à mi-parcours. Les moments revisités sont cruels et les souffrances passées réelles pour elle, les lâchetés sont mémorables et les défaites physiquement visibles pour lui. Semblables et contraires, assis côte à côte mais en miroir, elle est digne et forte, lui mou et lâche. Cecile qui n’avait rien pour elle, semble avoir finalement réussi, philippe qui avait tout, se laisse désormais aller, sans avoir vraiment rien accompli.

La force de l’auteur est d’interroger les préjugés, surmonter les clichés, décortiquer les expressions toutes faites. Le sujet pourrait être déprimant, c’est sans compter sur l’énergie et la rage enfouie, qui ne demandent que l’action.

Alors ?

Vont-il se parler ?

Chronique de Christiane Miège.

06H41, Jean-Philippe Blondel, Buchet-Chastel, ISBN 978-2283026052

Quatrième de couverture :

Cécile Duffaut vient de passer le week-end chez ses parents à Troyes. Son mari et sa fille n’ont pas voulu l’accompagner. Trop ennuyeux ses vieux. Après deux jours de silence et d’incompréhension, elle est pourtant restée la nuit du dimanche ! Furieuse contre elle-même, elle attend donc, ce lundi matin, le train de 6h41 pour Paris.
À quelques mètres, Philippe Leduc fait les cent pas. Il attend le 6h41. Pour lui, une journée particulière commence. Il préviendra le boulot plus tard. Il se dit qu’il pourrait disparaître. Personne ne l’attend. Divorcé. Ses enfants indifférents. Ses amis perdus. Enfin, pas vraiment, puisqu’il fait ce voyage pour rendre visite à Matthieu, l’ami d enfance.
Pour une fois, le train est à l’heure. C’est l’assaut et le départ. Philippe Leduc erre dans les wagons et trouve enfin une place libre. Juste à côté de Cécile Duffaut. Aussitôt, ils se reconnaissent mais font comme si de rien n’était..

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