Gains de Richard Powers

Gains de Richard Powers

C’est le meilleur livre que j’ai lu ces derniers mois. Attention, c’est un gros pavé et ce n’est pas forcément la littérature la plus facilement accessible. Soit l’histoire de la famille Clare qui crée au début du 19e siècle une fabrique de savons qui au fil du temps deviendra une multinationale internationale, racontant du coup toute l’histoire du capitalisme américain. Là où le roman est saisissant c’est qu’il raconte en parallèle la vie d’une mère quadragénaire, aux prises avec deux ados et bientôt atteinte d’un cancer. Tout le génie de l’auteur est dans le changenement de focal entre ces deux récits et les transitions toujours subtiles entre l’un et l’autre. D’un côté, l’histoire au long cours de la constitution d’une multinationale, une histoire quasi désincarnée où les membres de la famille Clare font partie d’un destin qui les dépasse, quand, de l’autre côté l’histoire de Laura est racontée de façon très intime, à l’écoute de son corps qui subit une chimiothérapie, rendant la lecture éprouvante.

Page après page, le lien entre les deux récits se fait, le cancer de l’héroïne étant peut être lié à la chimie utilisée par la firme Clare. Powers excelle à montrer à toute l’ambiguité de la saga des Clare, qui ont commencé par apporter la propreté à tous au meilleur prix, industriels soucieux d’hygiène, esprits religieux mus par la recherche du bien autant voire plus que par celle du profit.

Et pourtant, en une sorte de version chimique de la boîte de Pandore, les forces ainsi développées finissent par échapper au contrôle de la famille Clare (au sens propre, le capital leur échappe peu à peu, à mesure que la société se développe)et le système global qui n’a pas été vraiment voulu par un des protagonistes. Un immense roman qui date de la fin des années 1990. Il aura fallu plus de 10 ans pour le traduire en France. C’est juste incompréhensible.


Chronique de Christophe Bys

 

Gains, Richard Powers, Le Cherche Midi Editeur, collection Lot 49, traduit par Claude et Jean Demanuelli, ISBN 978-2749109237

 

Quatrième de couverture :

À travers l’aventure de Clare Inc., une petite entreprise familiale américaine de savon créée en 1830 à Boston et devenue au fil des années une multinationale de la chimie, Richard Powers retrace un siècle et demi de capitalisme, évoquant au passage la mentalité des premiers pionniers, l’évolution du syndicalisme, du management, de la publicité et de la communication.

En parallèle, il nous entraîne dans la vie de Laura Brodey, mère de deux enfants, travaillant dans l’immobilier à Lacewood, Illinois, ville dont le destin est marqué par la présence des usines de Clare Inc.. L’existence de Laura et celle de la multinationale vont bientôt converger d’une façon inattendue.

Avec ce dialogue entre une personne morale et une personne physique, Richard Powers interroge une nouvelle fois la modernité. Il s’intéresse aussi ici à l’influence du libéralisme sur l’environnement, la vie quotidienne et les destins individuels. Faisant à la fois preuve d’une vision globale et d’une puissance d’émotion rare, il s’attache aux conséquences, heureuses et malheureuses, du développement de la société de consommation sur les individus, aux gains et aux pertes, au prix à payer.

« À la fois subtil, provocateur et d’une rare puissance littéraire, Richard Powers nous lance un avertissement de façon beaucoup plus efficace que quiconque depuis très longtemps : Consommateurs, méfiez-vous ! » Rick Moody



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