Comment trouver l’amour à cinquante ans quand on est parisienne … de Pascal Morin

Comment trouver l’amour à cinquante ans quand on est parisienne … de Pascal Morin

« Mes choix sont devenus des interdits » explique la bien nommée Catherine Tournant, professeure de français dans un lycée de la banlieue parisienne qui ne figurerait pas parmi les mieux classés lors des rituels numéros spéciaux des magazines spécialisés. Quinquagénaire tranquille, volontaire et dévouée, Catherine se retrouve à un tournant le jour où elle apprend que des rumeurs courent sur son compte après qu’elle a voulu apporter son aide à une lycéenne devenue orpheline.

D’ailleurs le roman commence par l’incinération du corps de la mère, et on retrouve alors l’humour décalé qu’on avait aimé dans les précédents livres de Pascal Morin, soit un goût pour le détail étrange qui rend cocasse ce qui ne l’est pas « Il fallut mettre le cercueil sur la tranche. Il ne pasait pas, à l’horizontale par la porte de l’emplacement maçonné qui lui était réservé.. »

Alors Catherine va rencontrer par le plus grand des hasards un jeune plombier d’origine africain, puis son père et sa vie va changer. Il y a dans ce roman quelque chose des comédies romantiques à l’américaine. D’ailleurs, sans trop en révéler, tout se termine par une scène où tous se retrouvent dans une maison bourguignonne le temps des vacances. Comme dans les comédies de Molière aussi où la scène de fin est généralement l’occasion de réconciliations tous azimuts. Dans ce roman aussi donc, avec des protagonistes qui sont plutôt des intellectuelles : professeurs de lycées, psychanalystes ! « « Au fond je suis très ambivalente », se dit-elle. Et cela au beau soleil, sur le chemin du tacot, pris à rebrousse-poil lui donna le sourire. « C’est à cela qu’on reconnaît l’amour, non ? »

Car Pascal Morin profite de ce canevas pour réfléchir sur l’identité dans une société qui se dit plurielle. Qui sommes-nous vraiment ? Celui que notre couleur de peau nous dit d’être ? Celui que notre milieu social définit ? Celui que notre famille désigne ? Quand les deux adolescentes du roman se retrouvent pour se relooker, de quoi parlent-elles ? « Et ces racines ? Tu pourrais au moins te faire les racines. Déjà que le roux vire à l’orange. » Dans un Paris assez abstrait (la description n’est pas le fort de Pascal Morin), toutes les identités sont peut-être possibles pour qui veut, car il est toujours possible « de se faire les racines » qui lui conviennent. Un livre intelligent et résolument optimiste. Un seul regret : que l’auteur ne soit pas allé plus loin dans le dérèglement amoureux. Finalement, les couples qui se forment ne sont pas très audacieux. Que j’eusse aimé une Catherine Tournant plaquant tout pour suivre Dimitri Diop !


Chronique de Christophe Bys

 

Comment trouver l’amour à cinquante ans quand on est parisienne …, Pascal Morin, Le Rouergue,  ISBN 9782812604690

Quatrième de couverture :

Comment fait-on à 18, 30, 40 ou 50 ans, pour changer le cours de son existence, atteindre l’apaisement, conquérir le bonheur et peut-être même l’amour ? Dans son cinquième roman, Pascal Morin fait fi de toute résignation : ce conte moral nous entraîne dans une ronde lumineuse, à la suite d’une série de personnages saisis à un moment décisif de leurs vies.
Au centre de la ronde, Catherine Tournant, élégante prof divorcée un rien perfectionniste, dont la rencontre avec un jeune plombier black, Dimitri Diop, puis avec son père, va la confronter à ses préjugés. Comment Natacha Jackowska, élève médiocre de banlieue, peut-elle conquérir les codes de la branchitude parisienne, travailler pour Jérémie Lesdiguières, styliste gay, et faire lien avec Ève-Marie Saada, psychanalyste fragilisée par la quarantaine ? Dans cet entremêlement de destins, Pascal Morin défie les clichés actuels sur la solitude contemporaine. Avec humour et bienveillance, Comment trouver l’amour… introduit de la magie dans ces existences minuscules qui sont les nôtres.

Né en 1969 à Nyons (Drôme), Pascal Morin est professeur de lettres en classes préparatoires et professeur de cinéma et de littérature contemporaine à la New York University, à Paris. Ses quatre romans précédents, tous publiés dans la brune, ont imposé sa voix : L’Eau du bain (2004, Babel 2005, Prix Lettres frontière), Les Amants américains (2005, Babel 2006), Bon vent (2006, Babel 2009) et Biographie de Pavel Munch (2009).

 



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