Grâce de Delphine Bertholon

Grâce de Delphine Bertholon

Ce livre a paru il y a bientôt un an et on ne le dirait pas. On lui donne facile dix siècles de plus, tant il m’a fâché et fait revenir sur la décision que j’avais prise de ne plus perdre mon temps à écrire ou dire du mal. Delphine Bertholon n’a pas de chance, je l’ai toujours confondu avec Delphine Coulon et c’est comme ça que Grâce m’est tombé entre les mains. Aïe.
On dirait une sorte de novellisation d’un téléfilm de France 3 avec tout ce qu’il faut pour faire un mélo drôle malgré lui. Comme on est moderne, on a une narration à deux niveaux dans deux temporalités parallèles : au début des années 1980, où Grâce fait sa Bovary dans le Beaujolais, jusqu’à ce qu’une jeune fille au pair polonaise arrive. Et 30 ans plus tard le fils de Grâce vient rejoindre maman et sa soeur pour un Noël où, comme le dit la quatrième de couverture, « tout sera différent ». Ambiance.

Par où commencer ? Il faudrait en fait ne même pas commencer, ni même finir, juste l’achever. Ne rien dire des scènes soi disants fantastiques, où une présence étrange vient hanter la maison, de sorte qu’on se demande « mais quel est donc le secret de Grâce ? », sur la tristesse de cette pauvre Grâce qui n’en méritait pas tant, sur la construction faussement originale, sur le style, oh le style, ou encore sur le préchi précha psychologisant dans l’air du temps « la résilience c’est important », « l’amour sauve toutes les blessures », « les parents boivent les enfants trinquent » dans une variation « les parents maçonnent, les enfants sont tristes » (attention c’est un spoiler). Revenons au style et passons à autre chose : « tu as mâché ma solitude comme du bubble-gum, tu en as fait une bulle, la bulle a éclaté ». « Sans en avoir conscience la congère de mes entrailles commençait à fondre, créant d’étranges remous à l’orée de mon ventre » (on ne veut pas savoir dans quel état elle a retrouvé les draps) ou encore « je me dirigeai alors vers le point de rendez-vous, tête basse mais bien réel » (page 186, j’ai toujours pas compris ce que ça voulait dire, ça doit être de la poésie inspirée par andré breton) sans oublier le sublime « Sarah qui avait toi pour meilleure amie » (page 169). Et le meilleur page 124 « Envie de hurler – Baise moi. Me retiens. Me censure. Effleure ton sexe, tout de même, ce bouquetin assoupi aux flancs de la forêt. Tu ne bronches pas. » (tu m’étonnes, le mec on lui dit qu’il a la bite qui sent le bouc, il la ramène pas)

En résumé, soyons clair, je ne reproche rien à Madame Bertholon, qui raconte une histoire plutôt bien (la construction est honnête, l’histoire aussi même si elle n’est pas révolutionnaire). En revanche, qu’un éditeur publie un tel texte, qu’un critique littéraire renommé et multi média ait osé écrire au sujet de ce livre que Delphine Bertholon entre enfin dans la cour des grands en dit long sur les moeurs littéraires. Ce n’est pas Internet qui tuera l’édition. Ni Amazon, mais un certain mépris (je dirai même plus un mépris certain) du lecteur et une abdication de toute ambition littéraire. Quand on vend des livres comme d’autres font des lasagnes industrielles, faut pas pleurer quand les gens préfèrent regarder les anges de la téléréalité et mangé bio.

 

Chronique de Christophe Bys

 

 

Grâce, Delphine Bertholon, JC Lattès,  ISBN 9782709637848

 

 

Quatrième de couverture :

« Dès que je passai le seuil de la maison, je sus que quelque chose n’allait pas. »

1981. Dans sa maison près de Villefranche-sur-Saône, la très jolie Grâce Marie Bataille, trente-trois ans, vit au rythme des retours de son mari, représentant en électroménager, lorsqu’une jeune fille au pair d’origine polonaise vient perturber une vie qui semblait jusque-là tracée à la craie…
En 2010, Nathan, son fils, vient fêter Noël en famille. Mais cette année, tout est différent. Nathan apprend que son père, disparu sans crier gare trois décennies plus tôt, a refait surface. D’inquiétants phénomènes surviennent alors dans la maison familiale.

Dialogue virtuel entre une mère et son fils à trente ans d’intervalle, Grâce invoque les fantômes, les secrets et les non-dits familiaux, sur le rythme staccato d’un thriller psychologique.

L’auteur

Delphine Bertholon est née à Lyon en 1976. Elle est l’auteur de Cabine commune et du très remarqué Twist (Prix Ciné Roman Carte Noire en 2009, traduit avec succès en Espagne et en Allemagne, ainsi que dans d’autres pays européens). Elle mène parallèlement une carrière de scénariste pour la télévision. Son dernier roman, L’Effet Larsen, a été publié aux éditions Lattès en 2010.



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