Histoire d’une femme libre de Françoise Giroud

Histoire d’une femme libre de Françoise Giroud

Et si le meilleur roman français du début de 2013 datait de 1960 ? Reconnaissons-le d’emblée, je suis un admirateur de Françoise Giroud. J’ai acheté pendant des années le Nouvel obs, juste pour lire ses chroniques, admiratif de son style précis et vif, de sa capacité d’analyse et de synthèse hors pair. Ce récit qui paraît aujourd’hui, elle l’a écrit après que JJSS l’a quitté, provoquant chez cette femme qu’on disait froide une profonde dépression et la menant à une tentative de suicide.

Réalisant une sorte d’analyse par écrit alors qu’elle est en convalescence, Giroud prouve qu’elle avait dès alors ces qualités extraordinaires, surtout quand on réalise qu’elle a commencé à travailler à l’âge de 14 ans. Giroud se raconte, et on regrette plus d’une fois qu’elle a choisi le journalisme. On aimerait tellement qu’elle ait écrit ne serait-ce qu’un portrait de sa mère, femme fantasque qui élève seule ses deux filles, montant des affaires échouant les unes après les autres, d’un optimisme apparemment inébranlable. Ce récit révèle aussi une femme sans illusions sur le jeu social.
Malgré la ruine relative de sa mère, elle fut élevée dans le monde de la grande bourgeoisie et a compris très tôt, semble-t-il, les règles du monde : élève dans un pensionnat pour jeunes filles de bonne famille, elle sera victime d’une injustice parce qu’étant la moins riche du groupe.

Le tout dans un style extrêmement moderne, rapide, où en deux traits suffisent pour décrire un personnage, où les formules claquent, avec un talent digne des plus grands moralistes : « Tout est blessure à qui est blessé » « Sinistres années. Avant, c’était le drame permanent et le drame n’est jamais petit. Maintenant, c’était la déprimante médiocrité, sans issue visible ».

Françoise Giroud revient aussi sur la création de Elle, puis celle de L’express avec JJSS, jusqu’à leur séparation. Jamais dans le règlement de comptes. De lui, elle dit  « il haïssait les plaisirs avec la violence d’un homme qui les aime et qui craint de ne pas se maîtriser ».

La femme libre est une femme qui soufre, qui peut passer des compromis mais qui jamais n’abdique sa lucidité. Qu’il s’agisse d’elle ou des autres qu’elle aime. Un livre à la hauteur de cette très grande dame.

 

Chronique de Christophe Bys

Histoire d’une femme libre, Francoise Giroud, Gallimard, ISBN 978-2070138401

 

Quatrième de couverture :

«Été 1960. Françoise Giroud vient de subir le plus grand échec de son existence : sa mort. De nombreux verrous bloquant la porte de sa chambre, une dose plus que létale de poison avalée, le téléphone débranché, elle avait tout prévu… sauf que deux solides gaillards iraient jusqu’à défoncer une cloison pour l’arracher à un coma déjà profond. Il lui faudra vivre. Plaquée par Jean-Jacques Servan-Schreiber, sa passion, et virée de L’Express, ce journal de combat qu’ils avaient fondé ensemble, en brave petit soldat, elle repart pour la guerre avec la seule arme dont elle dispose : sa machine à écrire.» Alix de Saint-André. Après sa tentative de suicide, Françoise Giroud écrivit Histoire d’une femme libre, récit autobiographique, dont Alix de Saint-André a retrouvé le manuscrit qu’on croyait détruit. On y retrouve la voix d’une femme d’exception, complexe, lucide, et formidablement courageuse. Au milieu d’une vie tourmentée, elle dresse à la point sèche le portrait des mondes et des hommes qu’elle a croisés.



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