Les quatre éborgnés d’Alice Massat

Les quatre éborgnés d’Alice Massat

Voilà un des livres les plus plaisants que j’ai lu ces derniers mois, sorte de fable discrète sur les vanités de l’époque et sur la passion exhibo voyeuriste de ceux que les géniaux auteurs de la comédie musicale Roméo et Juliette appelaient les Rois du monde (je blague quand je dis que les auteurs de cette horreur étaient géniaux). Dans ce roman au charme aussi discret que certain, on trouve des hommes qui perdent un oeil et une femme qui tourne autour des uns et des autres, Lune, une jeune fille à la double identité, passerelle entre plusieurs univers. Lune travaille, en effet dans un journal nommé Glyphe, qui en plein bouclage hésite entre deux unes. Même si le roman n’est pas du tout naturaliste, on se réjouira en passant que l’héroïne en soit une jeune précaire qui enchaîne les petits boulots dans un monde intellectuel et soi disant brillant.

Ce qui continue de me fasciner dans ce drôle de conte, c’est Lune ce personnage toujours en mouvement entre les uns et les autres et dont on ignore finalement les motivations. Que veut-elle ? Que cherche-t-elle ? N’est-elle que le lien entre ces hommes qui cherchent la lumière des projecteurs pour satisfaire de tristes egos d’autant plus envahissants qu’ils masquent des gouffres. A force de vouloir se faire voir, ils finissent éborgnés. Par qui ? Pourquoi ? C’est une toile d’araignée qu’Alice Massat tisse entre les personnages, telle une Ariane qui nous montrerait le chemin pour s’échapper du labyrinthe de nos vanités.

Mais même si l’auteure est savante et peut disserter sur Rimabud ou Guy Debord, ce roman est aussi écrit avec une grande fantaisie, avec des phrases courtes. Et puis un roman où un des personnages porte le nom d’Ugolin Doutre ne peut être que très recommandable.

 

Chronique de Christophe Bys

Les quatre éborgnés, Alice Massat, Joëlle Losfeld, ISBN 9782072472978

 

Quatrième de couverture :

Le titre emprunte pour ce roman d’aventures le chiffre 4, le nombre des mousquetaires. Mais à la différence des héros d’Alexandre Dumas, ceux que met en scène Alice Massât n’en sortiront pas tout à fait indemnes… Éborgnés, donc, de manière énigmatique, avec parfois quelques indices, comme une étrange signature : des mouches.
Nous sommes au XXIe siècle, une jeune fille arrive à Paris afin d’intégrer l’équipe d’un journal. Elle est belle et mystérieuse, elle s’appelle Lune. Le malheur semble rôder autour d’elle et de ceux qui l’approchent : en seront victimes un architecte, un diététicien renommé, un auteur, un universitaire spécialiste de l’image, tous les quatre condamnés aux ténèbres. Ces atteintes aux yeux dénoncent-elles l’aveuglement et l’imposture des mutilés ?
Après ces événements, Lune fuit le pays pour une autre contrée, où on l’imaginera poursuivre son oeuvre de justicière contre ceux qui jouent de faux-semblants et incarnent de fausses valeurs.
Voici un livre de pur divertissement, une sorte de conte cruel qui, comme le genre le veut, contient une vraie réflexion sur notre société.

ALICE MASSAT est psychanalyste et romancière. Ses précédents romans (Le ministère de l’intérieur, Les forces de l’ordre, Le code civil, Premier rôle] ont paru aux Éditions Denoël et abordent, comme Les quatre éborgnés, les thèmes de la posture, de l’imposture et des lois implicites.



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