Mouche’ de Marie Lebey

« Mouche » est le surnom de sa mère, que l’auteure « apostrophe » dans le titre de son dernier livre. Mouche’ sans ce petit signe typographique distinctif ne serait qu’une femme affublée d’un surnom charmant, alors qu’ici, cette mère épinglée est sacrée personnage bien au-delà du roman.

D’entrée le ton est donné. Avec son humour léger et décalé, l’œil pétillant de Marie Lebey observe et pointe un portrait « analytique » de cette mère hors-norme. Débordant l’exercice d’admiration (on repense d’ailleurs au précédent roman de l’auteur si impregné de Modiano), l’auteure souligne la propension exaspérente de Mouche’ à trouver tout ce qui l’entoure digne de cette fameuse admiration.

Le sujet de ce roman est bien l’exploration de la filiation, et les multiples chemins de traverse de la transmission. Les souvenirs d’enfance de la mère, augmentés par l’histoire des origines familiales, historiques ou géographiques, imprègnent l’imaginaire de la future écrivain. Les visons artistiques d’une Mouche’ vibrillonante dans le Paris du début de son mariage pétrissent la jeune fille en devenir.

Mais la mort, successivement du père et de la soeur, vont briser la famille et enterrer vivante Marie Lebey que sa mère ne « voit » plus. On comprend l’importance désormais de l’écriture pour se sauver, s’exprimer, mieux vivre, ainsi que la quête esthétique permanente, car la beauté seule attire l’attention selon Mouche’

Marie Lebey trace une route littéraire talentueuse à travers une vision tendre de la vie, sans jamais se départir d’une lucidité envers les aspects grotesques ou tragiques du réel.

La littérature est sa baguette magique depuis que les sortilèges ont disparu.

Restent l’énergie combattive de Mouche’ et celle follement gaie de Marie Lebey, reste l’apostrophe dernière d’une fille à sa mère :

« N’oublie pas, quand tu partiras, de laisser la lumière du couloir allumée ».


Chronique de Christiane Miège

Mouche, Marie Lebey, Léo Scheer éditions

Quatrième de couverture :

Mouche’ est la mère de la narratrice. Ce n’est pas la mère d’Albert Cohen, mais plutôt une synthèse d’Emma Bovary et de Madame Verdurin. Mouche’ c’est Emma Verdurin, une mouche qui pique et qui fait mouche.

Dans la continuité de son dernier livre, Oublier Modiano, Marie Lebey convoque ses fantômes pour un huis clos avec une mère qu’on n’attrape pas avec du vinaigre. C’est peut-être l’explication de son surnom : Mouche’, suivie de l’apostrophe qui la définit toute entière.

Avec cette drôlerie fantasque, cette légèreté mutine qui la caractérisent, Marie Lebey dresse un portrait au vitriol de cette mère, tout en lui exprimant une grande tendresse. À l’évocation de cette femme délétère et tyrannique, elle ne peut retenir son émotion. Au fur et à mesure des pages, plutôt qu’un règlement de comptes, c’est un rapprochement qui se dessine, une découverte affectueuse. Avec Mouche’, ce n’est pas la tristesse qui domine, mais le talent original avec lequel Marie Lebey évoque, sur un ton à la fois candide et espiègle, les sujets les plus graves et les plus douloureux.

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