L’entrée du Christ à Bruxelles de Dimitri Verhulst

L’entrée du Christ à Bruxelles de Dimitri Verhulst

Pour ensoleiller ces jours de Pâques qui s’annoncent pluvieux, je vous propose la lecture d’un ouvrage « de saison » : L’entrée du Christ à Bruxelles, livre composé de 14 stations, à l’image du chemin de croix, mais dans une atmosphère d’humour belge et décalé.

Dans le tableau du même nom, peint par James Ensor en 1889, le Christ, auréolé, chemine à dos d’âne au milieu d’une foule bruxelloise, bigarrée, truculente, revendicatrice ; il y a une fanfare, des masques, des calicots ; on a le sentiment que le Christ vient d’arriver à l’improviste, et qu’il s’est intégré à un cortège de carnaval.

Aujourd’hui, il est impossible d’imaginer que Jésus, « super people » s’il en est, déboule sans prévenir. Il se doit d’annoncer son arrivée, surtout qu’il a choisi de venir le jour de la fête nationale belge. Tous sont séduits par l’évènement, et personne ne cherche à vérifier l’authenticité de la rumeur. La presse du monde entier se mobilise, les ministres du pays cherchent à organiser une manifestation à la hauteur de la divine apparition, la population se réjouit, la côte du pays grimpe au palmarès des nations, et les touristes se pressent autour de Manneken pis en attendant le Messie.

Au milieu de cette cacophonie, l’auteur continue d’évoquer la vie quotidienne, la sienne, celle de ses voisins, qui ne change guère ; chacun se surprend à formuler des souhaits allant de la réconciliation des deux communautés nationales aux espoirs de sauver un couple à la dérive, le tout sur fond de menus gastronomiques ministériels qui coexistent avec les chips de l’apéro du voisin du dessus : en résumé, si Jésus vient, autant en profiter tout de suite pour faire la fête.
Cette grande macédoine donne à l’ouvrage un ton léger, joyeux ; Dimitri Verhulst égratigne sans trop faire mal. L’histoire du pays et les problèmes actuels remontent à la surface, ils sont tels qu’en effet, l’intervention du Christ serait la bienvenue, mais les ministres sont plutôt occupés à déterminer qui figurera dans la tribune officielle. Chaque individu y va aussi de son petit souhait domestique que Jésus pourrait exaucer. L’auteur abolit toute échelle sociale, et crée ainsi des collisions amusantes.

Une poésie diffuse flotte tout au long du livre, et dans les rues de Bruxelles où, pour une fois, le soleil brille. Le pays reprend des couleurs sous la plume de Dimitri Verhulst, la population est touchée par la grâce du Messie approchant, pendant que les officiels planchent sur le protocole : Jésus est roi, c’est donc au monarque régnant de l’accueillir….. pour le plus grand désespoir des têtes qui apparaissent à la une des journaux, mais sans couronne.

Sans déflorer les clins d’œil humoristiques qui jalonnent l’ouvrage, il faut quand même citer un des meilleurs moments des négociations : déçus de devoir s’effacer devant le roi, certains ministres brandissent un diplômes d’études classiques qui leur permettra de dialoguer avec le Messie ; ils ont oublié que si le latin était la langue de l’Eglise, le Christ lui s’exprimait en araméen. La recherche de l’interprète qui traduira les paroles du Messie est certainement le chapitre le plus jubilatoire de l’ouvrage.

Tous ces rebondissements assurent le plaisir du lecteur ; avec une gentillesse mâtinée d’auto-dérision, l’auteur dresse le tableau d’un pays qui cherche à retrouver sa stabilité autour d’une figure fédératrice : Jésus pour tous et tous pour Jésus. Et Joyeuses Pâques à tous.

 

Chronique de Francine Mancini

 

L’entrée du Christ à Bruxelles, Dimitri Verhulst , traduction Danielle Losman, Denoël, ISBN 978-2207113745

Quatrième de couverture

Par une journée grise et ordinaire, une brève nouvelle apparaît sur Internet : Jésus-Christ va bientôt faire son entrée à Bruxelles. Les Belges accueillent l’information avec sérieux et sérénité. Leur pays est une destination favorite de la Sainte Famille et la Vierge y est plus d’une fois apparue. Les questions se posent cependant : qui aura le privilège d’accueillir le Christ ? À qui donnera-t-il ses premières interviews ? En quelle langue ? Une fièvre de préparatifs s’empare des habitants de la ville, toutes communautés et religions confondues. Seuls les catholiques paraissent inquiets… En quatorze «stations» qui sont autant d’humoristiques examens de soi, de la Belgique et finalement du monde contemporain, Dimitri Verhulst nous embarque dans une fable d’une irrésistible drôlerie.



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