A la santé du feu de Dorothé Werner

Pour Dorothée Werner, après une visite médicale, l’attente du résultat va jouer sa vie à pile ou face. Dans quarante jours, pile sera une troisième récidive fatale, face, la vie continuera. Pour exorciser le verdict et traverser l’épreuve, la journaliste entame un journal quotidien. De grand reporter dans la vie, et maintenant de sa vie, « À la santé du feu » la consacre écrivain.

Grave par son sujet, il serait dommage d’éviter cette magnifique lecture, tellement l’ouvrage déborde de vitalité, d’intelligence et d’émotions salutaires. Ce terrible moment charnière est d’une lecture clairvoyante si l’on veut toucher du doigt l’essence de nos vie et la densité insaisissable du fil du rasoir existenciel.

À chaque jour sa peine, à chaque jour son bonheur. Un toboggan file dans les montagnes russes de la conscience aigüe de l’auteure. Sur l’échelle de Richter de ce cataclysme les graduations sont infinies et les actes éperdus, mais la main de Doroothee Werner tient fermement la plume, elle s’ accroche et nous enserre dans un maillage serré.

Par négation d’une loterie existentielle, elle refuse de croire qu’il y a une raison : « À la fatalité implacable et mécanique, je préfère la culpabilité « . Alors commence un voyage introspectif qui revisite les luttes incessantes depuis l’enfance contre un milieu hostile. Une solitude déjà, et ce questionnement incessant sur les failles, les manques, la culpabilité. Et l’instinct de vie, l’énergie primaire balayent tout cela, réveillent l’espoir et la jouissance. Le recul protecteur et la fine observation enrobée d’humanité fleurent bon l’humour ravageur. L’œil gentiment moqueur décrit la course effrénée aux docteurs de tous bords nommés « foufous ». Magnétiseurs, chamans, guérisseurs, rebouteux. Tout est bon pour calmer le désespoir : la méditation, la lecture, le sport, les massages, la nature. Des listes et des pages de croyances pour stopper le mal, arriver à dormir, continuer la vie sociale courageuse et soutenir les proches impuissants.

Dorothé Werner raconte avec aisance, écrit, et vit ses mots avec énergie et réalisme. Ses métaphores sont poétiques et d’intelligence vive, ses raisonnements implacables, existenciels, pleins d’humanité mais sans concession.

Dans un réel difficile les mots sont une aide, un refuge, une libération. Son style cavalcade et court après la vie. Écrit dans l’urgence de phrases courtes, le vocabulaire tranchant, vrai, cru, nourri d’interjections, interpelle le monde et protège les intimes. De l’oeil clinique de cette combattante passionnée, le lyrisme surgit avec cette demande simple : la vie banale.

« À la santé du feu » est une catharsis à la colère flamboyante, à l’amour de la vie et des êtres chéris, bouleversant.

La pièce de monnaie virevolte et puis retombe sur la dernière page. Rien ne sera plus comme avant.

Chronique de Christiane Miège

A la santé du feu, Dorothé Werner, JC Lattès, ISBN 9782709642910

Quatrième de couverture :

Comment vivre avec une bombe à retardement sous la peau ?

« Laissez-vous faire deux secondes, fermez les yeux, imaginez qu’un jour on vous apprend une catastrophe. Pensez à une scène précise, une heure de la journée, une lumière, une ambiance. Quelle est la différence entre la minute juste avant et celle juste après ? Vous êtes assis dans le même fauteuil, buvant le même thé dans la même maison, vous vous mouvez dans le même corps, vous n’en souffrez pas plus que ce matin, pas moins non plus, tout est profondément familier, le soleil finit par décliner comme chaque jour, rien n’a donc changé. Et pourtant si.»

Une fille passe un examen médical et paf, suspicion. Mais pas sûr. Elle a déjà connu d’autres tempêtes sous la peau, mais ce jour-là fini de rire. Pour savoir ce que lui réserve son destin, il va falloir attendre. Attendre, la vache. Attendre un nouvel examen qui confirmera la catastrophe, ou bien qui l’annulera. Dans quarante jours, la biologie tranchera.
Ce livre est le journal, écrit à la première personne, de ce suspens existentiel, de ces quarante jours âpres et rugueux. La chronique d’un espoir fou, la rage et l’amour mêlés. Une enquête aussi, un pistolet sur la tempe, sur le pourquoi du comment, parce qu’il s’agit de trouver une issue, et fissa.

Un récit aussi poignant qu’urgent sur l’attente et la solitude existentielle.

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